Le décès récent de deux frères à Agadir, âgés de 10 et 17 ans, a brutalement rompu plus de trente ans de silence épidémiologique concernant la diphtérie au Maroc. Face à cette situation, le ministère de la Santé a identifié deux foyers familiaux dans la région de Souss-Massa, où les autorités sanitaires mènent actuellement des investigations pour contenir la propagation de cette maladie infectieuse grave.
Une résurgence après des décennies de contrôle
L'histoire de la diphtérie au Maroc a été marquée par une lutte constante au cours du XXe siècle. Dès les années 1930, des cas étaient recensés dans plusieurs régions, notamment à Kénitra, Rabat-Salé et Meknès. La situation s'est aggravée au début des années 1950, avec une hausse significative des cas, passant de 400 annuels à 885 en 1954. Cette dynamique a contraint les autorités de l'époque à instaurer, par un dahir du 15 juin 1954, la vaccination obligatoire, marquant le début d'une stratégie de santé publique pérenne.
L'efficacité du Programme national d'immunisation
L'intégration du Maroc au Programme élargi de vaccination de l'Organisation mondiale de la santé en 1981, puis la structuration du Programme national d'immunisation en 1987, ont permis de faire reculer drastiquement la maladie. Grâce à une couverture vaccinale étendue, les cas sont devenus marginaux, avec un dernier cas déclaré en 1991. Depuis cette date, le pays considérait la diphtérie comme une pathologie éliminée, faisant de l'épisode actuel une alerte sanitaire majeure pour les autorités.
Les risques d'une pathologie hautement contagieuse
La diphtérie, qui se transmet par gouttelettes respiratoires ou contact cutané, présente des risques sévères pour la santé. Dans ses formes les plus graves, elle provoque une obstruction des voies respiratoires par la formation d'une membrane grise dans la gorge. Par ailleurs, la toxine produite par la bactérie peut entraîner des complications systémiques touchant le cœur, les reins et le système nerveux. La vaccination, incluant les rappels nécessaires, demeure le seul rempart efficace contre cette infection. L'enquête en cours dans la région de Souss-Massa est désormais déterminante pour comprendre l'origine de cette réémergence et évaluer l'étendue réelle des foyers identifiés.