Le marché tunisien de l'acier face à une stagnation structurelle durable

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 29 lectures
Le marché tunisien de l'acier face à une stagnation structurelle durable

Le secteur sidérurgique tunisien traverse une phase de stagnation prolongée, avec une demande d'acier fini projetée à 720 000 tonnes pour 2026. Ce plafonnement résulte de contraintes budgétaires sévères et d'une absence de grands programmes d'infrastructures, contrastant avec la dynamique observée chez ses voisins maghrébins.

Une demande intérieure atone

La consommation d'acier en Tunisie oscille entre 670 000 et 730 000 tonnes depuis plusieurs années. Le secteur de la construction résidentielle, qui absorbe 55 % des ventes, est largement porté par l'autoconstruction informelle, tandis que les projets des promoteurs immobiliers restent concentrés dans les grandes agglomérations. Le programme public de logement, géré par la SNIT, demeure marginal avec seulement 4 000 à 5 000 unités lancées annuellement, faute de moyens financiers suffisants.

Dépendance aux importations et protectionnisme

La production nationale, portée par l'entreprise publique El Fouladh et quelques acteurs privés comme Intermetal ou SM Tunis Acier, ne couvre qu'une fraction limitée des besoins. Les laminoirs dépendent fortement de l'importation de produits semi-finis. Si l'État tente de protéger le marché local via des droits de douane et des licences d'importation, ces mesures peinent à stimuler l'activité. Les entreprises locales privilégient d'ailleurs le secteur privé aux marchés publics, ces derniers étant marqués par des délais de paiement dissuasifs et une fragilité financière chronique des donneurs d'ordre étatiques.

Le défi des grands projets

Les rares chantiers d'envergure, tels que le pont de Bizerte ou la modernisation des lignes ferroviaires n° 6 et n° 22, peinent à dynamiser durablement la filière. Ces projets, financés par des institutions internationales, nécessitent des standards de qualité que l'industrie locale ne peut toujours satisfaire, imposant le recours à l'acier importé. Parallèlement, des projets structurants comme le port en eau profonde d'Enfidha ou le développement de parcs éoliens restent au point mort, freinés par un climat d'investissement jugé peu attractif et des lourdeurs bureaucratiques.

Perspectives de croissance limitées

Selon les projections de la Banque africaine de développement, la croissance du secteur de la construction devrait ralentir pour atteindre 0,6 % en 2026. Dans ce contexte, les producteurs locaux maintiennent leurs capacités de production sans réelle perspective d'expansion. L'avenir du secteur reste suspendu à la capacité du pays à stabiliser son cadre législatif et à attirer des investissements étrangers, conditions indispensables pour transformer les promesses de projets en chantiers effectifs.

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