Le marché marocain fait face à une hausse significative des prix de la tomate, atteignant jusqu'à 11 dirhams le kilogramme chez les détaillants pour les variétés de qualité supérieure. Cette situation, qui pèse sur le pouvoir d'achat des ménages, résulte d'une contraction de l'offre nationale et de difficultés structurelles persistantes au sein de la filière agricole.
Un déséquilibre entre offre et demande
La flambée des tarifs s'explique principalement par un recul des volumes disponibles. Le calendrier agricole actuel est marqué par la fin de la période de production dans la région des Doukkala, tandis que les récoltes dans le Souss accusent un retard de maturation. Cette transition saisonnière, couplée à une demande constante, maintient les prix à un niveau élevé sur les marchés de gros, où les caisses se négocient désormais entre 150 et 200 dirhams. Les coûts logistiques, les pertes post-récolte et les marges des intermédiaires viennent ensuite accentuer cet écart de prix jusqu'au consommateur final.
Défis sanitaires et coûts de production
Au-delà des fluctuations saisonnières, les producteurs font face à des obstacles structurels majeurs. La propagation d'un virus affectant les plants de tomates a durablement réduit les rendements, malgré l'introduction de variétés plus résistantes. Parallèlement, l'envolée des prix des intrants, notamment les engrais, ainsi que la hausse des coûts de main-d'œuvre, fragilisent la rentabilité des exploitations. Abdelaziz Maânaoui, président de l'Association des producteurs agricoles de Chtouka, souligne que la culture de la tomate est devenue un investissement à haut risque, poussant certains agriculteurs à réduire leurs surfaces cultivées, ce qui aggrave mécaniquement la rareté du produit.
La question des exportations et la viabilité de la filière
Si les exportations sont souvent pointées du doigt lors des tensions inflationnistes, les professionnels du secteur réfutent leur responsabilité directe dans la crise actuelle. Ils assurent que les opérateurs exportateurs subissent eux-mêmes le manque de marchandises. Selon les données du secteur, une part significative de la production, allant de 40 % à 50 % selon les périodes, est destinée au marché local. Face à cette impasse, les acteurs de la filière appellent à la mise en place de mécanismes de soutien public. L'enjeu est de sécuriser l'approvisionnement national tout en garantissant la pérennité des exploitations agricoles, essentielles à l'équilibre alimentaire du pays.