La capacité du Ghana à recouvrer des milliards de dollars de fonds publics détournés se heurte à un obstacle structurel majeur au sein du bureau du Procureur général. Selon Martin Kpebu, ancien membre du comité Operation Recover All Loot (ORAL), le manque chronique de personnel qualifié et le niveau de rémunération des magistrats empêchent la traduction en justice des dossiers de corruption identifiés.
Un déficit de ressources humaines critiques
Le comité ORAL a mis en lumière de nombreux cas de malversations financières et de détournements d'actifs étatiques. Toutefois, Martin Kpebu souligne que l'identification des dossiers ne constitue qu'une étape préliminaire. Sans un nombre suffisant de procureurs et d'enquêteurs expérimentés pour porter ces affaires devant les tribunaux, les efforts de recouvrement restent lettre morte. Le renforcement des effectifs est présenté comme le levier indispensable pour transformer ces enquêtes en résultats judiciaires concrets.
L'enjeu de l'attractivité salariale
Au-delà du nombre de postes, la question de la rémunération est au cœur du blocage. M. Kpebu estime que les conditions salariales actuelles au sein du bureau du Procureur général ne permettent pas d'attirer ou de retenir des profils de haut niveau capables de gérer des dossiers complexes impliquant des milliards de dollars. Pour l'ancien membre du comité, il est illusoire d'espérer récupérer des sommes colossales si les agents chargés de ces procédures ne bénéficient pas d'une rétribution à la hauteur des enjeux financiers et de la technicité requise.
Divergences sur les objectifs de recouvrement
Ces critiques interviennent dans un climat de débat public concernant le montant potentiel des avoirs récupérables. Samuel Okudzeto Ablakwa, ancien président du comité ORAL, a récemment évoqué la possibilité de recouvrer 21,19 milliards de dollars à travers 36 dossiers majeurs, incluant des litiges fonciers et des pertes d'actifs de l'État. Martin Kpebu a toutefois tenu à préciser que ce chiffre relève d'une évaluation personnelle de M. Ablakwa et ne reflète pas un consensus collectif des membres du comité, soulignant ainsi la complexité de la gestion politique et technique de ces dossiers de corruption.