Le licenciement de Pape Thiaw ne suffira pas à sauver le football sénégalais

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 25 lectures
Le licenciement de Pape Thiaw ne suffira pas à sauver le football sénégalais

La Fédération sénégalaise de football a limogé Pape Thiaw après le Mondial, mais ce changement de sélectionneur masque une question plus profonde : et si l’échec était aussi celui d’un système défaillant ?

Un licenciement symptomatique d’une logique réductrice

Le départ de Pape Thiaw, annoncé après les erreurs constatées lors de la Coupe du monde, s’inscrit dans une tradition footballistique africaine où l’on remplace souvent l’entraîneur en espérant que cela suffira. Pourtant, cette approche néglige un principe fondamental : la performance d’un entraîneur dépend autant de ses compétences que de la qualité de l’écosystème qui l’entoure. Sans une évaluation globale de la gouvernance, de l’organisation, des moyens et de la coordination au sein de la fédération, ce licenciement risque de ne régler qu’une infime partie du problème.

Qui évalue les évaluateurs ? Le piège de l’autoréférence

La décision de se séparer d’un entraîneur repose souvent sur des critères internes, pris par ceux-là mêmes qui devraient aussi être évalués. Cette absence de contre-pouvoir crée un risque majeur : celui de masquer les défaillances systémiques derrière une responsabilité individuelle. Une analyse rigoureuse des contre-performances devrait inclure l’ensemble de la chaîne de responsabilité, des joueurs à la gouvernance, en passant par l’organisation logistique. Sans cette transparence, le changement d’entraîneur devient une simple opération de communication, donnant l’illusion d’une solution alors que les mécanismes d’échec persistent.

Le talent seul ne suffit pas : l’exigence d’un système performant

Le football sénégalais regorge de talents, tant chez les joueurs que chez les entraîneurs. Pourtant, la performance durable exige bien plus : un environnement institutionnel solide, capable de mettre ces talents en situation de réussite. Cela implique une gouvernance transparente, une préparation rigoureuse, des moyens adaptés et une coordination efficace entre toutes les composantes du football local. Sans ces conditions, même le meilleur entraîneur peinera à transformer l’équipe nationale en une machine à gagner. Le licenciement de Pape Thiaw doit donc s’accompagner d’une réflexion sur la refonte des structures, et non se limiter à un simple turnover des hommes.

Vers une culture de l’évaluation et de l’amélioration continue

Le football sénégalais a besoin d’une révolution culturelle : celle de l’évaluation systémique. Reconnaître les erreurs d’un entraîneur est nécessaire, mais insuffisant. Il faut aussi interroger les défaillances organisationnelles, les lacunes dans la préparation des joueurs, ou encore les dysfonctionnements dans la gestion des ressources. Une telle démarche permettrait non seulement de mieux situer les responsabilités, mais aussi d’offrir au prochain sélectionneur un cadre clair pour bâtir une équipe compétitive. Sans cela, le pays risque de reproduire les mêmes erreurs, quel que soit le nom de l’entraîneur en poste.

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