Le romancier zimbabwéen Simbarashe Kundizeza, lauréat du Prix Caine 2024, a publiquement nié que sa nouvelle *The Blue Fighter* ait été générée par une intelligence artificielle, après qu’un article du magazine The Atlantic a affirmé le contraire grâce au logiciel de détection Pangram.
Déclaration du lauréat et réaction du comité du Prix Caine
Kundizeza a réaffirmé sur le réseau X que c’est bien lui qui a écrit *The Blue Fighter*, précisant que l’histoire s’inspire d’un poème entendu au Ghana et de souvenirs familiaux liés aux difficultés économiques du Zimbabwe au début des années 2000. La présidente du Prix Caine, Ellah Wakatama, a exprimé son choc face à la publication de l’article du Atlantic, estimant que le magazine aurait dû attendre la fin d’une enquête interne avant de porter de telles accusations. Elle a indiqué que le comité menait déjà une investigation, demandant à Kundizeza de fournir les différentes versions du texte et engageant des discussions avec les juges et la revue The Shallow Tales Review, première à publier la nouvelle en 2025.
Le détecteur Pangram au cœur de la controverse
L’article de Vauhini Vara, publié dans The Atlantic, s’appuie sur les résultats du logiciel Pangram, qui aurait classé la nouvelle comme entièrement générée par l’IA. Le même article rappelle que Pangram, lui‑même alimenté par l’IA, n’a pas encore fait l’objet de tests de fiabilité. Des études citées, dont une de l’Université libre de Bruxelles, montrent que les détecteurs peuvent confondre des textes humains, notamment ceux rédigés par des locuteurs non natifs, avec du contenu artificiel. Wakatama a souligné que les organisateurs du Prix Caine n’ont jamais exigé de vérification systématique par IA, mais que les auteurs garantissent l’originalité de leurs œuvres.
Accusations de biais racial et réactions de la communauté littéraire
La polémique a suscité une vague de soutien à Kundizeza parmi les écrivains africains. Wale Lawal, fondateur du magazine The Republic, a qualifié l’article du Atlantic de « fou, raciste et totalement contraire à l’éthique ». L’éditeur Modupe Daramola a rappelé que les allégations d’IA ciblent souvent les écrivains noirs et africains, les soumettant à une « fouille littéraire » disproportionnée. D’autres cas récents, comme le Commonwealth Short Story Prize remporté par Jamir Nazir et le retrait du prix Goncourt du romancier Thélyson Orélien, ont alimenté le débat sur la légitimité des accusations d’usage d’IA dans la littérature.
Enquête en cours et perspectives pour les auteurs
Le comité du Prix Caine poursuit son enquête interne, tout en reconnaissant que les outils de détection d’IA ne sont pas infaillibles et ne doivent pas servir d’arbitre final. Kundizeza, rassuré par les messages de solidarité, a conclu sur X qu’il continuera à écrire, insistant sur le fait que la diversité des styles et des évolutions d’un auteur ne peut être réduite à une simple suspicion d’automatisation. Le débat reste ouvert quant à l’usage futur des détecteurs d’IA dans les concours littéraires, entre besoin de vérification et respect des droits des écrivains.