L'écrivain zimbabwéen Simbarashe Kundizeza, lauréat du prestigieux prix Caine pour la littérature africaine, rejette formellement les allégations selon lesquelles sa nouvelle, The Blue Fighter, aurait été générée par une intelligence artificielle. Cette controverse, alimentée par l'utilisation d'un logiciel de détection, place le monde littéraire face à un débat complexe sur la fiabilité des outils technologiques et la présomption d'innocence des auteurs africains.
Une polémique technologique contestée
La controverse a éclaté après la publication d'un article dans le magazine américain The Atlantic, s'appuyant sur le logiciel Pangram pour affirmer que le texte primé était entièrement produit par une IA. Ellah Wakatama, présidente du prix Caine, a exprimé son indignation face à cette démarche, déplorant l'absence d'une enquête humaine approfondie avant la diffusion de ces accusations. Elle souligne que le logiciel Pangram, lui-même basé sur l'IA, n'est pas une autorité infaillible et que les auteurs, en particulier les écrivains noirs, ne devraient pas servir de « terrain d'essai » pour des outils encore en phase de rodage.
La défense de l'auteur et le processus créatif
Face aux critiques, Simbarashe Kundizeza a affirmé détenir une documentation complète retraçant la genèse de son œuvre, inspirée par des souvenirs personnels liés à la crise économique zimbabwéenne du début des années 2000 et par une rencontre littéraire au Ghana. L'auteur rejette l'idée que des changements de style ou d'évolution dans l'écriture puissent être interprétés comme des preuves d'une intervention artificielle. Il a entamé une collaboration avec les organisateurs du prix Caine pour fournir ses brouillons et démontrer l'authenticité de son travail.
Un débat sur les biais systémiques
Au-delà du cas individuel, la communauté littéraire africaine s'est mobilisée pour dénoncer ce qu'elle perçoit comme un acharnement disproportionné contre les écrivains non-blancs. Des figures influentes du milieu éditorial, comme le Nigérian Wale Lawal, ont qualifié ces méthodes de « racistes » et « contraires à l'éthique ». La question centrale demeure celle de la fiabilité des détecteurs d'IA, dont les recherches montrent qu'ils peuvent indûment classer des écrits humains comme artificiels. Si le débat sur l'usage de l'IA dans la création littéraire est légitime, la profession s'interroge désormais sur la manière de protéger les auteurs contre des accusations automatisées qui menacent leur intégrité et leur carrière.