Un décret signé par Vladimir Poutine marque une nouvelle étape dans la reprise en main des actifs étrangers sur le sol russe. Les filiales locales des géants Auchan, Nestlé et de l'enseigne de bricolage Lemana Pro (anciennement Leroy Merlin) ont été transférées sous le contrôle de la société russe L.E.V. Management.
Un transfert sous contrainte juridique
La publication officielle de ce décret confirme le basculement des parts détenues par ces multinationales vers une entité unique. Pour Auchan, la mesure concerne les actifs détenus par la société française Sogepar. Concernant l'ex-Leroy Merlin, rebaptisé Lemana Pro en 2024 après l'annonce par le groupe Adeo d'une cession à un management local en 2023, le décret cible les actifs rattachés à la structure Scenari Holding LP. Le géant suisse Nestlé voit également ses filiales, notamment Nestle Deutschland AG et la Société des produits Nestle, intégrées à ce transfert imposé.
La stratégie russe face aux capitaux étrangers
Depuis le début du conflit en Ukraine en 2022 et l'instauration de sanctions internationales, le paysage économique russe a été profondément bouleversé. Si certaines entreprises ont choisi de quitter le pays, d'autres ont vu leurs activités suspendues ou leurs actifs saisis par l'État. Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large de nationalisation de fait ou de transfert forcé vers des structures locales, à l'instar de ce qui a été observé pour la filiale russe de Danone, saisie en 2023 avant d'être cédée à des intérêts proches du pouvoir tchétchène.
L'exception de la galaxie Mulliez
Les enseignes Auchan et Lemana Pro, toutes deux liées à la famille Mulliez, occupaient une place prépondérante sur le marché de la consommation russe avec des dizaines de points de vente répartis sur le territoire. Cette présence contrastait avec celle de Decathlon, également propriété de la famille Mulliez, qui avait fait le choix de cesser ses opérations dès mars 2022. À l'époque, l'enseigne de sport avait justifié ce retrait par des difficultés logistiques et d'approvisionnement insurmontables face aux sanctions économiques. Le décret actuel fragilise désormais la position des enseignes qui avaient maintenu leurs activités malgré le contexte géopolitique tendu.