Le gouvernement russe a franchi une nouvelle étape dans sa politique de contrôle des actifs étrangers en plaçant cinq entreprises européennes sous « administration temporaire ». Cette décision, qui prive de facto les propriétaires occidentaux de la gestion de leurs filiales, s'inscrit dans un bras de fer économique croissant entre Moscou et les pays de l'Union européenne.
Une mise sous tutelle ciblée
Le décret signé le 15 octobre vise des acteurs industriels majeurs, dont le fabricant français Tarkett, le belge Ontex, l'allemand Menshen, le suédois Sverige International Holdings et les activités russes du groupe Sonoco (ex-Eviosys). Ces entités, qui avaient fait le choix de maintenir leurs opérations malgré le contexte géopolitique, représentent un chiffre d'affaires cumulé estimé à 532 millions d'euros par an. Désormais, la direction de ces sites est confiée à des entités désignées par le Kremlin, rendant caduque toute autonomie décisionnelle pour les maisons-mères.
La riposte aux avoirs gelés
Moscou justifie cette offensive par une logique de réciprocité. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a explicitement lié ces saisies au gel de 210 milliards d'euros d'avoirs de la Banque centrale russe par l'Union européenne, en vigueur depuis février 2022. Le Kremlin qualifie ces mesures d'administration temporaire de réponse aux « expropriations illégales » et aux « hostilités » menées par les pays d'origine des entreprises visées. Cette stratégie, initiée en 2023, a déjà touché des groupes d'envergure internationale tels que Danone, Carlsberg, Nestlé ou encore Auchan.
L'impasse juridique des investisseurs
Pour les entreprises occidentales, la situation devient inextricable. Si le départ volontaire de Russie est déjà rendu complexe par des taxes de sortie élevées et des décotes imposées sur les prix de cession, la saisie forcée ne laisse que peu d'options. Bien que le droit international permette théoriquement de saisir des tribunaux arbitraux pour réclamer des indemnisations, l'efficacité de ces recours demeure incertaine. L'historique des litiges passés, notamment l'affaire Ioukos, démontre que l'exécution des sentences financières contre l'État russe reste un processus long et souvent infructueux pour les investisseurs lésés.