Une vague de départs précipités secoue la communauté burundaise installée au Kenya. Face à l'ultimatum du président William Ruto visant à éradiquer le commerce informel exercé par des étrangers, des centaines de ressortissants burundais ont entamé des démarches pour quitter le territoire kényan, craignant des mesures répressives imminentes.
L'ultimatum de Nairobi sur le commerce informel
Le gouvernement kényan a durci le ton contre les étrangers exploitant de petits commerces sans permis de travail adéquats. Le président William Ruto a justifié cette décision en affirmant que les investisseurs étrangers doivent contribuer à la création d'emplois et à la production, plutôt que de concurrencer les citoyens kényans dans le secteur du commerce de détail ou de la vente ambulante. Selon le ministère du Commerce, certains visiteurs auraient détourné leur statut de touriste ou d'investisseur pour mener des activités commerciales non autorisées, une pratique que les autorités entendent désormais sanctionner strictement.
Tensions diplomatiques et inquiétudes régionales
Cette politique a provoqué une vive réaction du gouvernement burundais. Le ministre des Affaires étrangères, Edouard Bizimana, a mis en garde contre les risques de dégradation des relations bilatérales, soulignant que le traitement réservé aux Burundais au Kenya pourrait influencer le sort des Kényans résidant au Burundi. Cette situation a conduit à une réunion urgente au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE), alors que des craintes de xénophobie émergent. Si le secrétaire permanent du ministère kényan des Affaires étrangères, Korir Sing'oei, a précisé que les étrangers en règle ne sont pas visés, ces clarifications peinent à rassurer une communauté déjà en mouvement.
Un risque pour l'intégration économique est-africaine
Au-delà du cas burundais, cette mesure soulève des interrogations sur la pérennité de la libre circulation au sein de la région. Alexis Ntinanirwa, président de l'Association des Burundais au Kenya, a alerté sur les conséquences systémiques de cette décision. Il souligne que le commerce informel est une réalité transfrontalière : de nombreux Kényans exercent également des activités similaires au Burundi, en Tanzanie ou en Ouganda. La mise en œuvre de cette directive pourrait ainsi fragiliser les équilibres économiques régionaux et instaurer un climat de réciprocité défavorable aux ressortissants kényans dans les pays voisins.