Alors que le Kenya s’apprête à déployer des uniformes flambant neufs pour ses policiers, les promesses de réformes structurelles visant à endiguer la corruption et les violences au sein des forces de l’ordre restent lettre morte. Un paradoxe qui interroge les priorités d’un État où les dysfonctionnements policiers coûtent cher à la société.
Des milliards dépensés pour des uniformes, pas pour des réformes
D’ici une semaine, des milliers de policiers kényans en service général arboreront de nouveaux uniformes, deux ans après l’annonce de leur remplacement. Pourtant, ce changement vestimentaire intervient huit ans après la dernière livraison d’uniformes neufs, un investissement estimé à plusieurs centaines de millions de shillings. Une dépense qui contraste avec l’absence de mesures concrètes pour lutter contre les abus policiers et la corruption endémique au sein du National Police Service (NPS).
Une entreprise controversée et des montants opaques
Le contrat attribué pour la fourniture des nouveaux uniformes soulève des questions sur les mécanismes de passation des marchés. Les observateurs pointent du doigt les montants colossaux engagés, sans transparence sur leur justification. Alors que les policiers attendaient depuis deux ans ces nouveaux équipements, les critiques fusent : pourquoi ces milliards ne sont-ils pas alloués à des réformes judiciaires ou à des formations sur les droits humains, alors que les plaintes pour brutalités policières se multiplient ?
Un symbole de l’échec des promesses de 2018
En 2018, le gouvernement kényan s’était engagé à réformer la police après des scandales retentissants de corruption et d’exactions. Pourtant, malgré les rapports accablants et les recommandations des ONG, peu de changements structurels ont été mis en œuvre. Les nouveaux uniformes, perçus comme un simple coup de communication, risquent de renforcer le sentiment d’impunité au sein des forces de l’ordre. La société civile kényane, qui dénonce depuis des années l’inaction des autorités, y voit une preuve supplémentaire de la priorité donnée aux apparences plutôt qu’à la substance.
Quelles conséquences pour la sécurité des citoyens ?
Les dysfonctionnements de la police kényane, déjà pointés du doigt pour leur rôle dans les violences post-électorales et les extorsions, continuent de peser sur la confiance des citoyens. Alors que le pays fait face à des défis sécuritaires majeurs, comme la montée de l’insécurité dans certaines régions, cette dépense symbolique interroge : n’aurait-elle pas pu être réinvestie dans des unités spécialisées ou des mécanismes de plainte indépendants ? Pour l’instant, le message envoyé aux Kenyans est clair : l’image prime sur la substance.