Le groupe minier français Eramet entame une mutation profonde de son actionnariat. Confrontée à une perte nette record de 477 millions d'euros en 2025, l'entreprise a acté une augmentation de capital de 500 millions d'euros, propulsant l'État français au rang de premier actionnaire d'ici la fin de l'année, au détriment de la famille Duval qui détenait cette position depuis 1999.
Une dilution historique pour la dynastie Duval
L'opération de recapitalisation, pilotée par l'Agence des participations de l'État (APE), marque la fin d'une ère pour la famille Duval. Actionnaires de référence avec 37 % des parts et une concentration de 74,4 % des droits de vote, les Duval voient leur influence se réduire drastiquement. Cette dilution immédiate a été sanctionnée par les marchés financiers, la valeur de leur participation ayant chuté de près de 20 millions d'euros en seulement 24 heures.
De l'ascension industrielle aux zones d'ombre
L'histoire de cette dynastie est intimement liée à l'essor technologique français, notamment via la société Aubert & Duval, fournisseur stratégique pour l'aéronautique et le nucléaire. Si Georges Duval a réussi à hisser le groupe parmi les leaders mondiaux des métaux d'alliages, le parcours familial a été ponctué de controverses. Des accusations de mauvaise gestion financière, portées notamment par l'actionnaire minoritaire Romain Zaleski en 2009, ont marqué les esprits, bien que la justice ait tranché en faveur des Duval.
Les défis structurels et éthiques du groupe
Au-delà des tensions actionnariales, Eramet a dû affronter des crises opérationnelles majeures. En 2018, un audit interne a révélé des falsifications de fiches qualité au sein de la filiale Aubert & Duval, entraînant une enquête de l'Autorité de sûreté nucléaire pour des pratiques frauduleuses. Parallèlement, la dépendance du groupe vis-à-vis du soutien public a été constante, illustrée par le prêt d'urgence de 525 millions d'euros accordé en 2015-2016 à sa filiale calédonienne, la SLN. La cession ultérieure d'Aubert & Duval à un consortium composé de Safran, Airbus et Tikehau fin 2020 n'avait pas suffi à stabiliser durablement la situation financière du groupe, rendant cette nouvelle intervention de l'État indispensable à sa pérennité.