Le gouvernement portugais a officiellement désigné le groupe Lufthansa comme repreneur de 44,9 % du capital de la compagnie nationale TAP Air Portugal. Ce choix marque l'aboutissement d'un processus de privatisation entamé pour stabiliser le transporteur après sa restructuration post-pandémie.
Un arbitrage financier décisif
La décision du Premier ministre Luis Montenegro s'appuie sur une supériorité financière manifeste de l'offre allemande. Selon les autorités portugaises, la proposition de Lufthansa dépasse de 16 % celle soumise par le groupe Air France-KLM. Au-delà du montant global, qui excéderait le milliard d'euros pour les deux candidats, les modalités de paiement ont pesé dans la balance : Lufthansa a opté pour une transaction intégralement en numéraire, là où le groupe franco-néerlandais proposait une combinaison de cash et d'actions. La solidité financière perçue du groupe allemand a également été un facteur déterminant dans cet arbitrage.
Une stratégie d'expansion vers l'Amérique latine
Pour Lufthansa, cette acquisition constitue un pivot géographique stratégique. Alors que le groupe domine traditionnellement les liaisons vers l'Asie et l'Amérique du Nord, l'intégration de TAP lui permet de sécuriser une position dominante sur l'axe Europe-Amérique latine, un marché où la compagnie portugaise est un acteur de premier plan. Cette opération s'inscrit dans une dynamique plus large de consolidation du ciel européen, après l'acquisition récente par Lufthansa de l'italienne ITA Airways.
Le revers pour Air France-KLM
L'échec de cette candidature représente un coup d'arrêt pour la stratégie de croissance externe d'Air France-KLM. Le groupe avait pourtant multiplié les gages, promettant de faire de Lisbonne un hub exclusif et de préserver la souveraineté et l'emploi au Portugal. Cette défaite intervient alors que le groupe franco-néerlandais est parallèlement engagé dans l'intégration de la compagnie scandinave SAS. TAP, qui emploie environ 7 700 personnes et opère une flotte d'une centaine d'appareils Airbus, sort ainsi d'une période de tutelle publique entamée en 2020, suite à une aide d'État de 3,2 milliards d'euros validée par la Commission européenne.