Le groupe Iliad, maison mère de Free, exprime une vive lassitude face aux lourdeurs administratives françaises qui retardent le déploiement de ses infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle. Malgré des financements sécurisés et des sites industriels identifiés, le décalage entre les cycles d'innovation technologique et les délais de traitement des dossiers publics menace la compétitivité du secteur.
Un blocage administratif malgré des moyens financiers prêts
Le groupe a finalisé son plan pour implanter un centre de calcul majeur sur l'ancienne centrale thermique EDF de Montereau-Vallée-de-la-Seine. Avec un investissement de 4 milliards d'euros porté par sa coentreprise OpCore et une capacité électrique de 700 mégawatts, le projet est techniquement prêt. Pourtant, la direction générale souligne qu'il faut compter entre deux et deux ans et demi pour obtenir les autorisations nécessaires avant le premier coup de pelle, une durée jugée incompatible avec la vitesse de progression des technologies d'IA.
Le décalage entre cycles technologiques et procédures
Au cœur des critiques figurent les procédures environnementales, notamment l'étude « quatre saisons » sur la faune et la flore, qui peut mobiliser une année entière. Pour le groupe, ce calendrier est inadapté : alors qu'un modèle d'IA devient obsolète en quelques mois, les délais administratifs s'étirent sur des années. Thomas Reynaud, directeur général d'Iliad, avait déjà formulé dix-neuf recommandations à l'État en janvier dernier, plaidant pour des procédures allégées sur les friches industrielles déjà raccordées au réseau électrique.
Une souveraineté numérique sous tension
La situation met en lumière une contradiction entre les annonces d'investissements massifs lors de sommets internationaux et la réalité opérationnelle sur le terrain. Alors que des fonds étrangers s'engagent sur des projets de grande envergure en France, la comparaison avec les délais d'obtention de permis outre-Atlantique, souvent inférieurs à un an, alimente le débat sur l'attractivité du territoire. Le groupe Iliad suggère désormais une préférence européenne pour l'attribution des ressources stratégiques, comme les sites industriels disposant de fortes puissances électriques.
L'enjeu de la souveraineté des données
Au-delà de la performance économique d'Iliad, la question de la vitesse de traitement des dossiers administratifs devient un enjeu de souveraineté. La capacité à héberger des modèles d'IA sur le sol français, évitant ainsi le transfert massif de données vers les États-Unis, dépend désormais moins de l'acquisition de processeurs graphiques (GPU) que de la célérité des services de l'État. Si les procédures suivent la cadence, une mise en service à Montereau est espérée pour 2027.