À l'approche de la 31e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP31), le Groupe des négociateurs africains (AGN) hausse le ton contre les mécanismes actuels de financement climatique. Pour ces représentants de 54 pays, la transition énergétique ne peut être qualifiée de « juste » si elle contraint les nations en développement à s'endetter davantage pour honorer des engagements environnementaux.
Le piège de la dette souveraine
Le constat dressé par le président de l'AGN, Nana Dr Antwi-Boasiako Amoah, est alarmant : plus des deux tiers des pays à faible revenu font face à un risque élevé de surendettement ou sont déjà dans l'incapacité d'honorer leurs obligations. Actuellement, environ 65 % des revenus publics de certains États vulnérables sont absorbés par le service de la dette, une somme 25 fois supérieure aux investissements consacrés à l'action climatique. Cette pression financière limite drastiquement la capacité des gouvernements à financer simultanément la résilience climatique, les infrastructures d'énergie propre et les services publics essentiels comme l'éducation et la santé.
La dépendance aux prêts plutôt qu'aux dons
Le cœur du désaccord réside dans la nature même des fonds alloués par les pays développés. L'AGN souligne que près des deux tiers du financement climatique international prennent la forme de prêts, alourdissant ainsi le fardeau financier des nations africaines au lieu de les soutenir par des subventions ou des financements concessionnels. Le cas du Nigeria illustre cette complexité : avec une économie dépendante des énergies fossiles pour près de 90 % de ses exportations en 2024, le pays peine à mobiliser les ressources nécessaires pour diversifier son mix énergétique tout en gérant ses obligations de remboursement et la volatilité des cours du pétrole.
Priorités africaines pour la COP31
Face à ces défis, l'AGN a défini trois axes stratégiques pour les négociations prévues en novembre 2026 à Antalya. Le groupe exige un accès à des financements prévisibles et substantiels, une transition vers des mécanismes basés sur les dons plutôt que sur l'emprunt, et une canalisation accrue des ressources via des institutions financières africaines. L'objectif est de garantir que les engagements pris dans le cadre de l'Accord de Paris ne se traduisent pas par un arbitrage impossible entre la survie économique des populations et les impératifs climatiques. Pour l'Afrique, la réussite de la COP31 dépendra de la capacité de la communauté internationale à dissocier l'action climatique de l'aggravation de la dette souveraine.