Le Groupe de suivi citoyen du dossier ASER-AEE Power multiplie les pressions pour obtenir la lumière sur la gestion d'un contrat d'électrification rurale d'envergure. Ce collectif d'organisations de la société civile, actif depuis janvier 2026, pointe des zones d'ombre majeures dans l'exécution d'un marché public dont le montant global dépasse les 91 milliards de FCFA.
Des interrogations sur une avance de 37 milliards
Le point de crispation principal concerne le versement d'une avance de démarrage de près de 36,7 milliards de FCFA, effectuée en trois virements le 11 juin 2024 au profit d'AEE Power EPC. Le collectif cherche désormais à établir la traçabilité réelle de ces fonds et à vérifier leur adéquation avec les travaux effectivement réalisés sur le terrain. Les divergences constatées entre les documents contractuels, qui mentionnent 928 localités à électrifier, et d'autres sources évoquant des volumes différents, alimentent les doutes sur la rigueur du pilotage de ce projet.
Un contexte marqué par des tensions juridiques
L'exécution de ce marché a été fragilisée par un conflit interne entre AEE Power EPC et sa filiale locale, AEE Power Sénégal, portant sur la répartition des ressources. Cette situation avait conduit l'Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) à suspendre le contrat, une décision annulée par la Cour suprême en janvier 2026. Malgré l'ouverture d'une instruction judiciaire, le collectif déplore le manque de coopération de certains acteurs clés, notamment la direction de l'entreprise espagnole et plusieurs anciens responsables ministériels, dont les auditions n'ont pas pu être menées.
Exigences pour l'avenir du projet
Face à ces incertitudes, le Groupe de suivi citoyen formule des recommandations précises pour préserver les intérêts de l'État et des populations rurales. Il appelle à la protection du matériel acquis et des garanties financières restantes. Pour la poursuite du projet, le collectif propose trois scénarios : une reprise sous conditions strictes, une résiliation pure et simple, ou le lancement d'une nouvelle procédure concurrentielle basée sur les conclusions des audits en cours. En parallèle, il réclame la publication immédiate du plan de relance et une transparence accrue sur les coûts additionnels potentiels pour le contribuable sénégalais.