Le gouverneur du comté de Trans Nzoia, George Natembeya, a vivement critiqué la récente directive du gouvernement kényan visant les commerçants étrangers. Il soupçonne une stratégie électorale derrière l'opération de régularisation en cours, tout en alertant sur les risques diplomatiques pour les ressortissants kényans dans la région.
Soupçons de manœuvres électorales
George Natembeya affirme que l'insistance du gouvernement à régulariser les étrangers sans processus de vérification rigoureux cache un objectif politique. Selon lui, l'octroi massif de cartes d'identité à des ressortissants étrangers vise à gonfler les listes électorales en vue du prochain scrutin général. Le gouverneur soutient que cette démarche contredit les discours précédents du président William Ruto sur l'ouverture des frontières, transformant une question de gestion migratoire en un enjeu de manipulation du corps électoral.
Risques pour l'intégration régionale
Au-delà de la controverse interne, le gouverneur s'inquiète de l'impact de ces mesures sur les engagements du Kenya au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE). Il souligne que le harcèlement des commerçants étrangers pourrait fragiliser la libre circulation des personnes et des biens. Le Secrétaire principal aux Affaires étrangères, le Dr Abraham Sing’oei, a tenté de tempérer ces inquiétudes en précisant que seuls les individus en situation irrégulière sont visés, tout en rappelant que le climat fiscal actuel pousse déjà de nombreux investisseurs vers les pays voisins comme la Tanzanie, l'Ouganda ou le Rwanda.
Critiques sur la gestion économique
L'intervention de George Natembeya s'inscrit dans une opposition plus large à la politique menée par l'administration actuelle. Le gouverneur a notamment fustigé la gestion de la dette publique, affirmant que le volume d'emprunts contractés par le gouvernement Ruto en quatre ans dépasse le cumul des dettes accumulées durant la décennie précédente. Si le gouverneur assure ne pas nourrir de griefs personnels envers le chef de l'État, il maintient une divergence fondamentale sur la performance économique et la gouvernance du pays.
Un ultimatum de 90 jours
Face à ces tensions, le gouvernement a instauré une période de grâce de 90 jours pour permettre aux commerçants étrangers de se mettre en conformité avec la législation nationale. Ce délai concerne l'obtention des permis de travail, l'enregistrement commercial et les licences d'exploitation. À l'issue de cette échéance, les autorités ont annoncé le déploiement de mesures coercitives contre les opérateurs ne disposant pas des documents requis.