La proposition d'annuler une partie de la dette française détenue par la Banque de France suscite une vive opposition au sein des institutions monétaires. Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a fermement rejeté cette mesure, alertant sur ses conséquences juridiques et macroéconomiques majeures pour le pays.
Une incompatibilité avec les traités européens
Pour Emmanuel Moulin, l'annulation des 18 % de dette détenus par la Banque de France constitue une violation directe des traités de l'Union européenne. Cette position est partagée par la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, qui a qualifié une telle démarche de violation pure des textes fondateurs. Le gouverneur souligne qu'une telle initiative ne bénéficie d'aucun soutien parmi les partenaires européens, comparant la zone euro à une copropriété où le non-respect des engagements financiers entraînerait une exclusion de fait.
Risques inflationnistes et défiance des marchés
Au-delà de l'aspect juridique, le gouverneur met en garde contre les effets déstabilisateurs d'une telle décision sur l'économie française. Selon lui, cette mesure engendrerait une inflation immédiate et provoquerait une perte de confiance des investisseurs internationaux. Cette défiance se traduirait par une hausse des taux d'intérêt, rendant l'accès au financement plus coûteux pour l'État. Le contexte actuel est déjà marqué par une tension sur les marchés : le rendement des emprunts d'État français à dix ans a atteint 4,44 %, un niveau inédit depuis 2008, avec un écart de taux (spread) avec l'Allemagne au plus haut depuis 2012.
L'inefficacité budgétaire de la mesure
Emmanuel Moulin conteste également la pertinence économique de cette proposition. Il explique qu'annuler 500 milliards d'euros de dette détenus par la Banque de France reviendrait à créer un déficit équivalent au sein même de l'institution monétaire. Cette opération comptable ne permettrait donc pas de réduire le déficit budgétaire global de l'État ni de dégager de nouvelles marges de manœuvre réelles pour les finances publiques. En somme, la mesure est jugée inutile par l'autorité monétaire, car elle déplace le passif sans résoudre la structure de la dette.