Le débat sur la politique énergétique nigériane s'intensifie à l'approche de l'échéance électorale de 2027. Le gouverneur de l'État de Nasarawa, Abdullahi Sule, a publiquement remis en question la faisabilité de la proposition d'Atiku Abubakar visant à rétablir les subventions sur les produits pétroliers, invoquant des obstacles structurels majeurs et des risques de corruption endémique.
Les limites logistiques de l'importation
Fort de son expérience d'ingénieur dans le secteur pétrolier, Abdullahi Sule souligne que la complexité de la chaîne d'approvisionnement rend le retour aux subventions techniquement périlleux. Il pointe notamment les contraintes portuaires, où les navires transportant environ 30 000 tonnes métriques de carburant subissent régulièrement des retards dus aux limitations de tirant d'eau. Ces délais imposent des opérations de transbordement (lightering) coûteuses, générant des frais de surestaries qui alourdissent considérablement la facture finale pour l'État.
Le poids de la corruption dans le système de distribution
Au-delà des défis logistiques, le gouverneur dénonce une corruption systémique inhérente à l'ancien régime de subventions. Selon lui, les retards prolongés dans le déchargement des cargaisons n'étaient pas toujours fortuits : ils servaient les intérêts d'acteurs privés profitant de la spéculation sur les coûts de surestaries. Sule critique également le fonctionnement de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), affirmant que certains distributeurs bénéficiaient de marges abusives en profitant de l'écart de prix entre les produits subventionnés et ceux importés par leurs propres canaux.
La réalité des engagements sur la production de brut
Le gouverneur apporte un éclairage crucial sur la disponibilité réelle du pétrole brut nigérian pour le marché intérieur. Il conteste l'idée que le pays dispose d'un surplus immédiat pour alimenter les raffineries locales, comme celle de Dangote. En cause : les ventes à terme (forward sales) conclues par l'État, qui engagent une part significative de la production future. Sule prévient que cette réalité, souvent méconnue des candidats avant leur accession au pouvoir, limite drastiquement la marge de manœuvre des décideurs politiques.
Un enjeu de souveraineté énergétique
Si Atiku Abubakar a récemment précisé que sa stratégie reposerait davantage sur l'augmentation de la production nationale que sur la subvention directe de la consommation, Abdullahi Sule reste sceptique. Pour le gouverneur, tant que les structures de marché et les engagements contractuels sur le brut ne seront pas assainis, toute tentative de retour à l'ancien modèle de subvention se heurtera aux mêmes impasses économiques et aux mêmes risques de détournement de fonds publics.