La prochaine Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô cristallise des attentes exigeantes en matière de redevabilité. Loin des annonces programmatiques classiques, les observateurs et les acteurs politiques réclament une feuille de route opérationnelle, articulée autour de résultats mesurables et d'arbitrages budgétaires transparents.
L'exigence de bilan pour l'agenda Sénégal 2050
Pour le Pr Falilou Coundoul, l'action gouvernementale ne doit pas repartir de zéro. Le Premier ministre, qui a lui-même piloté l'Agenda national de transformation « Sénégal 2050 » avant sa nomination, est attendu sur un état des lieux rigoureux. L'universitaire préconise une distinction nette entre les objectifs déjà atteints, les projets en cours et les mesures ayant échoué à produire les effets escomptés depuis 2024. Cette approche vise à transformer la DPG en un outil d'évaluation plutôt qu'en une simple tribune de promesses.
Clarification institutionnelle et calendrier électoral
Au-delà de la gestion technique, la DPG est perçue comme une opportunité pour apaiser les tensions institutionnelles. Modou Diagne Fada, s'exprimant au nom du FDR, a souligné l'urgence de mettre fin au « jeu de ping-pong » entre l'Exécutif et le Législatif. L'incertitude entourant le calendrier électoral constitue un point de friction majeur que le gouvernement devra dissiper par des arbitrages clairs, afin de restaurer la confiance dans le fonctionnement des institutions.
Priorisation et justice sociale
La méthode gouvernementale est également scrutée sous l'angle de l'efficacité économique. Le Pr Coundoul insiste sur la nécessité de limiter le nombre de priorités pour garantir une exécution réelle, tout en exigeant des échéances et des indicateurs de performance pour chaque ministre. Cette rigueur budgétaire doit toutefois s'accompagner d'une protection des ménages modestes. L'enjeu est d'articuler le redressement des finances publiques avec une amélioration concrète du quotidien des citoyens : accès aux services de base, emploi des jeunes et soutien au financement des entreprises.
Vers une culture de la redevabilité
Avec dix-sept chefs de gouvernement depuis l'indépendance, le Sénégal dispose d'un historique riche en visions stratégiques. L'attente actuelle marque une rupture : la demande porte désormais sur la capacité du gouvernement à transformer ces visions en actes vérifiables. La surveillance de la méthode annoncée par Ahmadou Al Aminou Lô portera spécifiquement sur les critères d'évaluation des politiques publiques et sur la capacité de l'État à assumer ses responsabilités en cas de retard ou d'échec dans la mise en œuvre des engagements pris.