Le gouvernement sénégalais explore les voies d'une reprise du Programme spécial de désenclavement (PSD), un vaste chantier routier mis à l'arrêt suite à des tensions avec le FMI. Si cette relance constitue un levier politique stratégique pour l'exécutif, elle se heurte à un passif financier lourd, marqué par des soupçons de détournements de fonds et des irrégularités contractuelles documentées.
Des irrégularités contractuelles pointées par l'Ageroute
La viabilité du PSD est aujourd'hui fragilisée par des manquements graves dans la gestion des flux financiers. Un courrier de l'Ageroute adressé à la société ASGC UK Limited révèle que plus de 34 millions d'euros ont été décaissés en 2022 et 2024 sans aucune certification de services faits. Ces paiements, effectués en violation des clauses contractuelles, soulèvent des questions sur l'absence de garanties de bonne exécution et sur le non-respect des procédures de validation par le Maître d'ouvrage délégué.
Un système offshore complexe au cœur des soupçons
Au-delà des erreurs administratives, les investigations mettent en lumière une architecture financière sophistiquée visant à dissimuler des flux de capitaux. Des entités basées dans des juridictions offshore, notamment à l'île Maurice, aux Seychelles, à Dubaï et à Londres, auraient été utilisées pour orchestrer une exfiltration de fonds se chiffrant en centaines de milliards de francs CFA. Ce mécanisme, qui dépasse le cadre d'une simple surfacturation, est désormais au centre de l'attention des autorités judiciaires sénégalaises.
L'arbitrage délicat entre urgence infrastructurelle et transparence
Pour le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, le dossier représente un défi politique majeur. Alors que les populations attendent des réalisations concrètes en matière de désenclavement, la reprise des travaux sans une clarification préalable des malversations passées expose le gouvernement à un risque de cautionnement tacite. L'exécutif se retrouve ainsi sur une ligne de crête : il doit impérativement concilier l'urgence de livrer des infrastructures routières avec l'exigence de vérité judiciaire, sous peine de valider les pratiques financières opaques de la période précédente.