Le président nigérian Bola Tinubu a sommé le secteur bancaire national de réorienter ses stratégies de financement vers les secteurs productifs. Lors de la 19e conférence annuelle du Chartered Institute of Bankers of Nigeria (CIBN), l'exécutif a souligné que la stabilité macroéconomique actuelle ne devait plus être une fin en soi, mais un levier pour transformer durablement les conditions de vie des citoyens.
Un changement de paradigme pour le secteur bancaire
Le gouvernement nigérian estime que la culture de la performance bancaire, trop longtemps focalisée sur la croissance des bilans et les dividendes des actionnaires, doit évoluer. Selon le ministre des Finances, Taiwo Oyedele, représentant le chef de l'État, les banques doivent désormais intégrer une nouvelle approche du risque. L'enjeu est de taille : il s'agit de rendre le crédit accessible aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux industriels, souvent exclus du système financier formel, afin de stimuler une production locale capable de générer des emplois.
La nécessité de soutenir les créateurs d'emplois
La Banque mondiale a appuyé cette analyse, notant que le crédit bancaire actuel contourne largement les secteurs à fort potentiel de création d'emplois, tels que l'agriculture et l'industrie manufacturière. Avec l'arrivée annuelle de trois à quatre millions de jeunes sur le marché du travail, l'accès au financement productif devient une urgence sociale. Le CIBN, par la voix de son président Dr Dele Alabi, insiste sur le fait que les indicateurs macroéconomiques ne seront jugés probants que lorsqu'ils se traduiront par une baisse du coût de la vie et une amélioration concrète du quotidien des ménages nigérians.
Le rôle stratégique de la recapitalisation
Le processus de recapitalisation des banques, actuellement en cours, est perçu par la Banque centrale du Nigeria (CBN) comme une opportunité majeure. Le gouverneur Olayemi Cardoso a souligné que les capitaux levés récemment démontrent la profondeur du marché local. Ces ressources doivent désormais servir à financer l'ambition d'une économie nationale atteignant le seuil de mille milliards de dollars. Pour y parvenir, le régulateur appelle à une collaboration accrue entre les autorités fédérales, les États et les institutions financières, avec pour objectif affiché de maîtriser l'inflation et de soutenir une croissance inclusive.