Le bras de fer s'intensifie entre l'État ghanéen et Accra Brewery PLC (ABL) au sujet de la réforme des droits d'accise sur la bière. Alors que le brasseur alerte sur un risque de suppression de 2 000 emplois et un surcoût opérationnel de 7,5 millions de dollars, le ministère des Finances a officiellement rejeté ces projections, jugeant les données fournies par l'entreprise insuffisantes et non étayées.
Une remise en question des incitations fiscales
Au cœur du désaccord se trouve l'efficacité du régime de concession fiscale. Le gouvernement souligne que 85 % de la production locale bénéficiait déjà du taux le plus avantageux, rendant le mécanisme incitatif obsolète. Avec la nouvelle loi, le taux pour les bières contenant plus de 70 % de matières premières locales passe de 10 % à 25 %. Pour les autorités, cette mesure ne constitue pas une suppression de l'avantage fiscal, mais un réajustement : les producteurs locaux conservent un avantage compétitif de 22,5 points de pourcentage par rapport aux bières importées, soumises au taux standard de 47,5 %.
Le manque de transparence des données chiffrées
Le ministère des Finances a vivement critiqué la méthodologie employée par Accra Brewery pour justifier ses craintes. Selon le gouvernement, l'entreprise n'a fourni aucun détail sur les variables clés — telles que l'élasticité-prix, les volumes de production ou les prix sortie d'usine — permettant de valider l'estimation de 7,5 millions de dollars de coûts supplémentaires. L'État exige désormais que le brasseur réconcilie ces chiffres avec ses états financiers audités pour démontrer la réalité de l'impact financier allégué.
La controverse sur le calcul des emplois menacés
Le gouvernement conteste également l'argument social avancé par ABL. L'entreprise s'appuie sur une étude d'Oxford Economics estimant à 52 000 le nombre d'emplois soutenus par l'industrie brassicole en 2023. Pour le ministère, ce chiffre global ne reflète en rien la dépendance réelle de ces emplois au régime spécifique des droits d'accise. En l'absence de preuves tangibles sur la corrélation directe entre la hausse de la taxe et les 2 000 licenciements potentiels, les autorités maintiennent leur position et appellent à une évaluation plus rigoureuse et spécifique à la structure fiscale actuelle.