Depuis mi-juillet 2026, le litre d’essence dépasse les deux euros, entraînant une crise qui met à l’épreuve les choix politiques et économiques du pays. Le gouvernement explore trois grands axes – révision des taxes, aides ciblées aux ménages et mesures sur le raffinage – mais chaque piste présente des compromis majeurs.
Décomposition du prix à la pompe
Le prix affiché résulte d’une chaîne de coûts distincts. D’abord, le pétrole brut, coté en dollars sur le marché mondial, utilise le Brent comme référence européenne. Le brut est ensuite transformé en carburant, marge de raffinage incluse, avant d’être vendu sur le marché régional de Rotterdam. Les distributeurs ajoutent une marge de transport‑distribution, puis s’appliquent deux niveaux de taxation : une accise fixe (67 c/l pour l’essence, 60,8 c/l pour le gazole en 2026) et la TVA à 20 % calculée sur le prix total, taxes qui représentaient 50 % du prix final de l’essence et 44 % du gazole en août 2026.
Facteurs qui ont fait exploser le coût du carburant
Deux dynamiques ont fait grimper le prix. Les tensions géopolitiques dans le détroit d’Ormuz et la mer Rouge ont poussé le Brent au‑delà de 95 $ le baril début septembre 2026. Plus décisif, le marché des produits raffinés s’est resserré : les marges de raffinage ont été multipliées par six entre février et août 2026, sous l’effet des frappes ukrainiennes sur les raffineries russes et d’une chute de 60 % des exportations du Golfe. En parallèle, la capacité de raffinage française a diminué de moitié en quinze ans, obligeant le pays à importer 80 % du gazole consommé tout en restant exportateur net d’essence, accentuant la vulnérabilité aux fluctuations internationales.
Les leviers d’action du gouvernement
Face à cette situation, les autorités envisagent trois types de réponses. Premièrement, réduire ou réorienter les taxes : une baisse de l’accise ou un ajustement de la TVA pourrait alléger le prix, mais diminuerait les recettes publiques déjà sous pression. Deuxièmement, mettre en place des aides ciblées aux ménages et aux entreprises les plus exposés, afin de compenser l’impact immédiat sans toucher le mécanisme fiscal global. Troisièmement, intervenir sur le secteur du raffinage, par exemple en soutenant la réindustrialisation ou en régulant les marges, afin de sécuriser l’approvisionnement et de réduire la dépendance aux importations.
Enjeux et limites des différentes options
Chaque option comporte des contraintes. Baisser les taxes risque de creuser le déficit budgétaire et de créer un précédent difficile à inverser. Les aides ciblées, bien que socialement acceptables, nécessitent une mise en œuvre rapide et un dispositif de suivi pour éviter les fraudes. Quant à la régulation du raffinage, elle implique des investissements lourds et un horizon temporel long, alors que la pression sur les prix est immédiate. De plus, la France doit concilier ces mesures avec les engagements européens en matière de transition énergétique, ce qui limite la marge de manœuvre pour des politiques purement axées sur le court terme.