Le Forum économique mondial (WEF) a publié son 21e rapport sur les risques mondiaux, dressant le portrait d'un monde en proie à une fragmentation croissante et à un recul de la coopération internationale. À l'horizon 2028, les experts anticipent un climat de compétition exacerbée, plaçant les nations africaines face à des vulnérabilités structurelles majeures.
La confrontation géoéconomique au cœur des tensions
La confrontation géoéconomique s'impose comme le risque majeur pour les deux prochaines années. Le rapport souligne une multiplication des barrières tarifaires et des sanctions, affaiblissant le système multilatéral de règlement des différends. Pour l'Afrique, cette dynamique se traduit par une pression accrue sur ses ressources stratégiques : les grandes puissances intensifient leur course aux minerais critiques nécessaires à la transition énergétique. Parallèlement, la montée en puissance des stablecoins adossés à des devises étrangères menace la souveraineté monétaire des pays émergents, avec des flux financiers projetés à 1 220 milliards de dollars d'ici fin 2028.
Désinformation et érosion de la confiance
La désinformation, couplée à la polarisation sociétale, constitue le second défi majeur. Le continent africain affiche une préoccupation spécifique : 73 % des personnes interrogées expriment des difficultés à distinguer les contenus authentiques des deepfakes générés par l'intelligence artificielle, un taux égal à celui des États-Unis et nettement supérieur à la moyenne mondiale de 58 %. Cette vulnérabilité est amplifiée par une consommation d'actualités fortement dépendante des réseaux sociaux, créant un terreau fertile pour la polarisation, particulièrement lors des échéances électorales.
L'urgence climatique et la fragilité des infrastructures
Si les risques géopolitiques dominent le court terme, les événements météorologiques extrêmes demeurent la menace structurelle la plus lourde à l'horizon 2036. Le rapport pointe l'inadéquation des capacités d'adaptation dans les pays à faible revenu. Des infrastructures critiques, notamment hydroélectriques, sont menacées par des sécheresses prolongées, avec des exemples cités au Maroc. Ces défaillances physiques risquent de transformer des actifs essentiels en « actifs échoués », soulignant le paradoxe d'un continent peu responsable des émissions mondiales mais parmi les moins préparés aux chocs climatiques.
Le fossé technologique comme risque émergent
Au-delà des cinq risques prioritaires, le rapport identifie les effets néfastes de l'intelligence artificielle comme une menace en progression rapide. Un écart technologique significatif se creuse : le taux d'adoption de l'IA en Afrique subsaharienne (9 %) est trois fois inférieur à celui de l'Amérique du Nord. L'absence de stratégies nationales robustes, notamment en informatique quantique, pourrait accentuer cette dépendance technologique, limitant la capacité des États africains à naviguer dans une économie mondiale de plus en plus numérisée.