Le Ghana, pivot logistique pour les pays sahéliens, a drastiquement réduit ses exportations de carburant vers le Burkina Faso et le Mali au cours des mois de juillet et août. Cette décision, motivée par une volonté de sécuriser l'approvisionnement national face aux tensions persistantes sur les marchés pétroliers mondiaux, met en lumière la vulnérabilité énergétique des pays enclavés de l'Alliance des États du Sahel (AES).
Un recul marqué des volumes livrés
Les chiffres communiqués par l'opérateur public ghanéen BOST Energies révèlent l'ampleur du déficit. Le Burkina Faso n'a reçu que 40 000 tonnes de carburant sur les 80 000 sollicitées, tandis que le Mali a dû se contenter de 10 000 tonnes sur une demande initiale de 40 000. Selon Afetsi Awoonor, directeur général de BOST Energies, cette restriction est une mesure de précaution : la demande intérieure ghanéenne, portée par une reprise économique locale, absorbe désormais la quasi-totalité des capacités de distribution de l'entreprise.
La volatilité des cours mondiaux en cause
Cette situation est la conséquence directe d'un marché pétrolier international sous haute tension. Malgré un reflux temporaire des prix après les pics du printemps 2026, les répercussions du conflit en Ukraine et l'instabilité au Moyen-Orient continuent de peser sur les chaînes d'approvisionnement. Bien que le Ghana soit un pays producteur depuis l'exploitation du champ Jubilee, ses capacités de raffinage limitées l'obligent à importer une part significative de ses produits finis, le rendant ainsi vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux.
La fragilité du corridor sahélien
Le Burkina Faso et le Mali dépendent historiquement des infrastructures ghanéennes, notamment du dépôt stratégique de Bolgatanga, pour leurs importations pétrolières. Si la direction de BOST Energies a tenu à écarter toute motivation politique liée au retrait de ces pays de la CEDEAO, cet épisode souligne la précarité des chaînes d'approvisionnement pour les États enclavés. La dépendance aux corridors portuaires des pays côtiers reste un facteur de risque majeur pour la stabilité énergétique de la région, particulièrement dans un contexte où les capacités de stockage et de raffinage locales peinent à suivre la demande.
Perspectives d'infrastructures
Malgré ces tensions sur les exportations, le Ghana poursuit sa stratégie de développement énergétique. BOST Energies maintient ses projets d'investissement, notamment la construction d'un futur site de stockage de gaz de pétrole liquéfié à Kumasi. Ces projets visent à renforcer la résilience du marché ghanéen, tout en illustrant la priorité donnée par Accra à sa propre sécurité énergétique dans un environnement économique mondial incertain.