L'adoption de la résolution 80/250 par l'Assemblée générale des Nations Unies, le 25 mars 2026, marque une étape diplomatique majeure pour le Ghana. Ce texte, qui qualifie officiellement la traite transatlantique et l'esclavage des Africains de « crime le plus grave contre l'humanité », est perçu par de nombreux observateurs comme l'aboutissement contemporain de la vision panafricaniste de Kwame Nkrumah.
Une victoire diplomatique portée par Accra
Le Ghana a joué un rôle moteur dans ce processus onusien, parvenant à mobiliser une majorité significative au sein de l'Assemblée générale. Avec 123 votes en faveur, la résolution a surmonté les réticences de trois États opposants et les abstentions de 52 autres nations. Ce succès est le fruit d'un travail de fond, soutenu par des campagnes intellectuelles rigoureuses, notamment celle portée par l'ouvrage de Kwesi Pratt Jnr, Reparations: History, Struggle, Politics and Law, publié en 2025. L'influence de ce travail sur les débats internationaux souligne la capacité de la société civile ghanéenne à peser sur les instances multilatérales.
L'héritage intellectuel de Nkrumah au cœur des débats
Lors de la 15e édition des conférences commémoratives Kwame Nkrumah, le chancelier de l'Université de Cape Coast, Sir Samuel Esson Jonah, a souligné la persistance des idées du père de l'indépendance ghanéenne. Au-delà de la résolution onusienne, il a cité l'installation du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) à Accra comme un autre pilier concret de l'unité continentale prônée par Nkrumah. Ces avancées témoignent, selon lui, d'une dynamique panafricaine qui dépasse le cadre symbolique pour s'ancrer dans les institutions actuelles.
Vers une réflexion critique sur les réparations
Malgré cette avancée historique, Sir Samuel Esson Jonah a appelé à une approche pragmatique et analytique concernant la question des réparations. S'inscrivant dans la tradition de pensée critique de Nkrumah, il a invité les nouvelles générations à dépasser les slogans pour poser des questions structurelles : la nature des réparations, les responsabilités des parties prenantes et l'utilisation stratégique de ces ressources pour le développement du continent. Cette exigence de rigueur intellectuelle est présentée comme une condition nécessaire pour transformer cette reconnaissance historique en un levier réel de transformation politique et économique pour l'Afrique.