Le secteur hospitalier ghanéen entame une mutation structurelle de sa chaîne d'approvisionnement en oxygène médical, abandonnant progressivement le modèle contraignant des bouteilles pour privilégier le stockage de gaz liquide. Cette transition, portée par l'entreprise Indo-Ghana Industries, vise à sécuriser les réserves vitales des établissements de santé tout en réduisant les coûts logistiques et les risques de rupture.
Une rupture technologique pour la sécurité des patients
L'installation de systèmes cryogéniques au sein des hôpitaux, à l'instar du centre hospitalier de Lekma, marque un tournant opérationnel. Contrairement aux bouteilles de gaz, dont la manipulation manuelle et le transport fréquent génèrent des incertitudes, un seul réservoir de stockage liquide peut contenir l'équivalent de 1 000 bouteilles gazeuses. Cette capacité permet aux structures de santé de maintenir une autonomie allant jusqu'à trois mois. Au-delà de la logistique, cette technologie garantit une pureté d'oxygène atteignant 99 %, contre 90 à 92 % pour les systèmes de concentration classiques, un gain qualitatif déterminant pour les soins intensifs.
Un déploiement soutenu par des partenaires internationaux
La mise en œuvre de cette infrastructure nécessite des investissements lourds, notamment pour l'équipement des hôpitaux en réservoirs adaptés. Grâce à l'appui de partenaires tels que l'USAID, CHAI et JHPEIGO, une quinzaine d'établissements ghanéens sont désormais dotés des installations nécessaires pour recevoir et distribuer l'oxygène liquide via des réseaux de canalisations automatisés. Cette automatisation réduit les erreurs humaines et optimise la gestion des flux au sein des services hospitaliers.
Défis économiques et enjeux de durabilité
Malgré ces avancées, la pérennité du modèle reste suspendue à plusieurs facteurs critiques. Indo-Ghana Industries, qui produit actuellement 10 tonnes d'oxygène par jour, souligne que les coûts de l'électricité représentent près de 45 % de ses charges de production. Le directeur général, Varun Tyagi, plaide pour une reconnaissance du secteur comme service essentiel, afin de garantir une priorité d'accès à l'énergie lors des délestages. Par ailleurs, l'entreprise travaille avec le ministère de la Santé pour intégrer des systèmes de télémétrie permettant un suivi précis de la consommation nationale, une étape clé pour anticiper les pics de demande et étendre le réseau vers les régions les plus éloignées via un modèle de hubs régionaux.