Le gouvernement ghanéen déploie une stratégie d'industrialisation ambitieuse visant à transformer le secteur agricole en un moteur de croissance manufacturière. En combinant incitations fiscales et programmes de production continue, le pays ambitionne de capter une part significative du marché mondial des produits transformés, avec un potentiel estimé à 9 milliards de dollars par an.
Un levier fiscal pour stimuler la transformation locale
La suppression de la taxe d'accise de 20 % sur les jus de fruits produits localement, actée par le président John Dramani Mahama et le ministre des Finances Dr. Cassiel Ato Forson, marque un tournant pour les transformateurs. Cette mesure vise à lever les freins financiers qui pesaient sur des entreprises comme Ekumfi Fruits and Juices. En améliorant la compétitivité des usines, le gouvernement espère créer un effet d'entraînement positif : une demande accrue pour les fruits locaux permettrait aux agriculteurs d'étendre leurs surfaces cultivées, tout en stimulant les secteurs connexes comme l'irrigation, l'emballage et la logistique.
Le programme « 24-Hour Economy » comme moteur industriel
Au-delà de la fiscalité, le programme « 24-Hour Economy » propose un cadre opérationnel pour maximiser l'utilisation des capacités industrielles. Les entreprises éligibles bénéficient désormais d'exonérations de droits et taxes sur l'importation de machines et d'équipements nécessaires à leur modernisation ou à leur extension. Cette initiative encourage le passage à des opérations multi-équipes, permettant aux usines de transformation de cacao, d'extraction d'huile ou de conditionnement de fonctionner au-delà des horaires conventionnels, optimisant ainsi les investissements en capital fixe.
Diversification des filières et montée en gamme
L'ambition ghanéenne repose sur une transformation profonde de ses matières premières. Le cacao, pilier historique, doit désormais être valorisé localement à hauteur de 50 % pour produire du beurre, de la poudre ou des ingrédients cosmétiques. Parallèlement, le pays cible des filières à haute valeur ajoutée comme le karité, l'avocat, la noix de coco et le caoutchouc, ainsi que les protéines végétales (pois chiches, millet, souchet). L'objectif est clair : passer de l'exportation de produits bruts à la vente de produits finis, intégrant la recherche, le marketing et la propriété intellectuelle.
Les défis du financement et de la stabilité macroéconomique
Si la stratégie est prometteuse, sa réussite dépendra de la capacité du Ghana à transformer ces opportunités en projets bancables. L'accès au financement à long terme reste un point de vigilance majeur pour les investisseurs. Bien que la Banque du Ghana ait noté une stabilisation de l'inflation et du taux de change, le coût du crédit demeure un obstacle. Pour atteindre l'objectif de 800 000 emplois directs et indirects, le pays devra mobiliser des capitaux issus aussi bien des fonds de pension que des investisseurs privés, tout en garantissant une chaîne d'approvisionnement fiable pour les usines.