Le Ghana face au défi de son adhésion aux BRICS : une transformation structurelle jugée prioritaire

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 22 lectures
Le Ghana face au défi de son adhésion aux BRICS : une transformation structurelle jugée prioritaire

Alors que le gouvernement ghanéen a officiellement enclenché une procédure d'adhésion au bloc des BRICS, des voix s'élèvent pour souligner les limites d'une telle stratégie diplomatique. Pour de nombreux analystes financiers, le salut économique du pays ne réside pas dans un changement d'allégeance géopolitique, mais dans une refonte radicale de son architecture productive interne.

Sortir du modèle colonial « Guggisberg »

Le cœur du problème, selon le Dr Richmond Akwasi Atuahene, analyste financier, réside dans la persistance d'une structure économique héritée de l'ère coloniale, baptisée « économie Guggisberg ». Ce modèle repose sur l'extraction et l'exportation de matières premières brutes — cacao, or, pétrole — couplées à une dépendance massive aux importations de produits finis. Cette configuration expose le pays à des cycles récurrents de dette, d'inflation et de dépréciation monétaire, rendant l'économie vulnérable aux chocs externes, indépendamment des partenaires internationaux choisis.

L'impératif de la transformation locale

Pour briser ce cycle, l'expert préconise une transition vers une économie à forte valeur ajoutée. Cela implique de passer de l'exportation de ressources brutes à leur transformation industrielle sur le sol ghanéen : raffinage de l'or, production locale de chocolat et développement de l'industrie pétrochimique. Cette stratégie de substitution aux importations, soutenue par un accompagnement ciblé des petites et moyennes entreprises (PME) et la création de zones industrielles spécialisées, est présentée comme le seul levier capable de retenir la richesse au sein des frontières nationales.

Corruption et fragilité macroéconomique

Le débat sur l'adhésion aux BRICS intervient dans un contexte de fragilité financière aiguë, illustré par le recours du Ghana à un 17e programme d'assistance du FMI en 2022. À cette instabilité s'ajoute le poids de la corruption, qui grève les finances publiques. Des organisations comme le Centre for Democratic Development estiment que le pays perd des milliards de cedis chaque année en raison d'irrégularités financières. Pour le Dr Atuahene, ces failles structurelles et éthiques constituent des obstacles majeurs qui ne seront pas résolus par une simple intégration dans un nouveau bloc économique.

Priorité à la reconstruction nationale

Si l'adhésion aux BRICS est présentée par les autorités comme un moyen de diversifier les partenariats, d'accéder à de nouveaux financements et de renforcer la voix du Ghana sur la scène internationale, les analystes appellent à la prudence. La priorité absolue doit rester la mobilisation des ressources domestiques pour financer les infrastructures et l'agriculture. En somme, le Ghana ne pourra négocier sa prospérité depuis les capitales étrangères tant que son socle productif restera fragile et que les défis internes, tels que la dégradation environnementale liée à l'exploitation minière illégale, ne seront pas résolus.

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