Le secteur ghanéen de l'anacarde se trouve à un tournant stratégique, confronté à une faible capacité de transformation locale qui limite ses retombées économiques. Alors que le pays exporte la quasi-totalité de sa production brute, l'exemple de la Côte d'Ivoire voisine souligne l'urgence d'une montée en gamme industrielle pour soutenir les revenus des agriculteurs et créer des emplois.
Le paradoxe de la production ghanéenne
Avec une récolte annuelle estimée à 262 000 tonnes de noix de cajou brutes, le Ghana ne transforme localement que moins de 6 % de son volume. Cette dépendance aux exportations vers le Vietnam et l'Inde prive le pays d'une valeur ajoutée substantielle. Cette situation fragilise directement les producteurs ghanéens, qui subissent une baisse des prix à la ferme, une hausse des coûts de production et une demande locale insuffisante, rendant le marché intérieur particulièrement instable.
La stratégie ivoirienne d'industrialisation
À l'inverse, la Côte d'Ivoire s'est imposée comme le troisième transformateur mondial grâce à une politique volontariste. Depuis 2016, le gouvernement a multiplié les incitations : exonérations fiscales sur les équipements, soutien financier aux transformateurs et création de zones agro-industrielles à Korhogo, Bondoukou et Séguéla. Ce modèle a permis l'émergence de 93 usines actives et la création de 20 000 emplois directs, dont 66 % sont occupés par des femmes. Le pays ambitionne désormais de transformer 50 à 60 % de sa production nationale d'ici 2030.
Leviers pour une souveraineté industrielle
Face à cette dynamique régionale, les acteurs de la filière ghanéenne appellent à une réforme profonde des politiques publiques. L'enjeu est de passer d'une logique de volume à une stratégie de capture de valeur. Les recommandations des experts convergent vers un accès facilité au financement, le développement d'infrastructures de stockage modernes et des mesures incitatives pour attirer les investisseurs locaux et étrangers. Au-delà de la noix, la valorisation des sous-produits, tels que la pomme de cajou ou le liquide de coque, est identifiée comme un levier clé pour diversifier les revenus et renforcer la compétitivité du secteur sur les marchés internationaux.