Le Ghana explore les conditions nécessaires pour maximiser les retombées de la nouvelle politique chinoise de zéro tarif douanier sur les produits africains. Réunis à Accra, experts, décideurs politiques et acteurs du secteur privé ont souligné que l'accès privilégié au marché chinois exige une montée en gamme industrielle et une levée des obstacles structurels internes.
Un levier pour diversifier les exportations ghanéennes
La suppression des droits de douane par Pékin sur l'intégralité des lignes tarifaires pour 53 pays africains, en vigueur jusqu'en avril 2028, ouvre des perspectives inédites. Pour le Ghana, dont les exportations vers la Chine ont atteint 2,67 milliards de dollars en 2025, soit une progression annuelle de 33,9 %, l'enjeu est de transformer cet accès en un moteur de croissance durable. Les produits agricoles transformés, tels que le beurre de karité, les noix de cajou, le cacao, ainsi que les fruits frais comme les ananas et les mangues, sont identifiés comme les principaux bénéficiaires potentiels de cette ouverture commerciale.
Lever les barrières techniques et logistiques
L'ambassadeur de Chine au Ghana, Cong Song, a toutefois insisté sur la nécessité de dépasser le simple cadre tarifaire. La compétitivité des produits ghanéens dépendra de leur conformité aux normes chinoises strictes en matière de qualité, d'inspection, de quarantaine et de chaîne du froid. Des experts, dont ceux du centre ACCPA, alertent sur les goulots d'étranglement institutionnels : la coordination intersectorielle, la certification des règles d'origine et la fluidité des procédures douanières restent des points critiques. Sans une mise aux normes rigoureuse, ces barrières techniques pourraient neutraliser l'avantage compétitif offert par la suppression des taxes.
Vers une industrialisation locale et le transfert de technologie
Au-delà de l'exportation de matières premières, le débat s'oriente vers la transformation locale. L'objectif est d'attirer des investissements directs étrangers chinois pour implanter des unités de production, de conditionnement et de transformation au Ghana. Cette stratégie permettrait non seulement de créer des emplois, mais aussi de favoriser le transfert de technologies et d'expertise managériale. Le secteur privé ghanéen est invité à jouer un rôle moteur en sécurisant les financements nécessaires et en tissant des liens directs avec les acheteurs chinois, afin de ne pas limiter cette opportunité à une simple exportation de produits bruts.
Une coordination continentale indispensable
Les acteurs présents ont souligné que cette initiative chinoise représente une opportunité de diversifier les relations commerciales traditionnellement tournées vers l'Europe et les États-Unis. Pour réussir, le Ghana, à l'instar d'autres nations africaines, devra renforcer ses chaînes d'approvisionnement et solliciter une assistance technique accrue sur les mesures sanitaires et phytosanitaires. La réussite de cette stratégie dépendra de la capacité du pays à structurer une offre exportable constante et conforme aux exigences du marché chinois.