Le Ghana se trouve confronté à un défi écologique sans précédent, avec près de 10 % de son territoire dégradé par l'exploitation minière illégale, connue localement sous le nom de « galamsey ». Selon l'ancien ministre de l'Environnement, Kwabena Frimpong-Boateng, la réhabilitation des terres et des cours d'eau nécessite un investissement colossal estimé à 21 milliards de dollars.
Une dégradation massive du territoire
L'ampleur des dégâts touche environ 23 853 kilomètres carrés de la surface nationale. Cette destruction ne se limite pas aux sols : elle affecte gravement le réseau hydrographique du pays. La restauration de la seule rivière Ankobra est évaluée à 400 millions de dollars, un chiffre qui exclut les interventions nécessaires sur d'autres cours d'eau majeurs comme la Pra, l'Offin, la Birim ou encore les différentes branches de la Volta. Ces écosystèmes, vitaux pour les communautés locales, subissent une pollution aux métaux lourds, notamment le mercure, l'arsenic et le plomb, entraînant des risques sanitaires graves tels que des cancers et des dommages neurologiques.
L'échec des politiques publiques successives
Malgré le déploiement récurrent d'opérations militaires, de forces spéciales et de programmes de reconversion, le phénomène du « galamsey » n'a cessé de s'intensifier. Pour l'ancien président du Comité interministériel sur l'exploitation minière illégale, ces échecs s'expliquent par un manque de continuité dans l'application des mesures coercitives. Les gouvernements successifs auraient tendance à abandonner les dispositifs de surveillance et les garanties institutionnelles peu après leur annonce, laissant le champ libre aux activités destructrices dans les régions minières comme l'Ashanti et les zones occidentales du pays.
Vers un fonds de restauration indépendant
Face à l'urgence, Kwabena Frimpong-Boateng préconise une approche structurelle plutôt que conjoncturelle. Il propose la création d'un Fonds de restauration environnementale doté d'une gouvernance indépendante. Ce mécanisme serait alimenté par une part dédiée des redevances minières, garantissant ainsi des ressources pérennes pour financer la dépollution des rivières et la réhabilitation des terres agricoles. Cette proposition vise à sanctuariser le financement de la réparation environnementale, indépendamment des cycles politiques, pour répondre à ce que l'ancien ministre qualifie de « plus grand crime environnemental de l'histoire » du Ghana.