Le Ghana est confronté à une dégradation préoccupante de son réseau routier, faute de ressources financières suffisantes pour assurer un entretien régulier. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, seulement 37 % des besoins annuels en maintenance ont été couverts en 2024, une chute significative par rapport à la période 2018-2021.
Un sous-financement structurel
Le réseau routier ghanéen, dont la valeur est estimée à 10 milliards de dollars, nécessite un investissement annuel de 685 millions de dollars pour son entretien, soit environ 0,83 % du PIB national. Or, les mécanismes de financement actuels peinent à répondre à cette exigence. La Banque mondiale pointe notamment l'impact de la loi sur le plafonnement et le réalignement des fonds affectés, qui limite les ressources disponibles. Par ailleurs, les revenus issus des taxes routières sont régulièrement détournés vers d'autres secteurs du budget national : entre 2016 et 2020, seuls 58 % de ces recettes ont été effectivement alloués à l'entretien des routes.
L'accumulation des arriérés et le coût de l'inaction
La gestion budgétaire du secteur a connu une détérioration marquée entre 2022 et 2023, avec des taux de décaissement des fonds alloués oscillant entre 50 et 60 %. Cette situation a conduit à une accumulation d'arriérés atteignant 5,75 milliards de cédis fin 2024. L'institution financière internationale alerte sur les conséquences économiques de ce retard : la réhabilitation d'une route dégradée coûte entre cinq et sept fois plus cher qu'une maintenance préventive. Ce manque d'anticipation compromet la rentabilité des investissements publics, comme l'illustre le projet de réhabilitation des transports dont le taux de rendement économique a chuté de 38 % à 16 % en raison d'un entretien défaillant.
Un impact direct sur les communautés rurales
L'état des infrastructures routières, dont seulement 47 % du réseau global est jugé en « bon état » à fin 2025, entrave le développement socio-économique. Les routes secondaires et rurales, essentielles pour relier les zones de production agricole aux marchés, sont particulièrement négligées avec un taux de maintenance moyen de 45 %. Cette dégradation accroît les coûts de transport et pèse sur les prix des denrées alimentaires, pénalisant directement les populations les plus vulnérables. Alors que le gouvernement s'était fixé pour objectif d'atteindre 60 % de routes en bon état d'ici 2025, les indicateurs actuels confirment l'urgence d'une réforme du financement pour préserver le capital infrastructurel du pays.