Face à une dépendance croissante aux importations, le secteur agricole ghanéen appelle à une refonte stratégique de la filière maïs. Sumaila Doho, lauréat du prix du meilleur agriculteur 2023 dans la région Upper West, exhorte l'État à mettre en place des politiques incitatives pour transformer le pays en un exportateur net de cette céréale essentielle.
Un enjeu de souveraineté économique
Le maïs constitue un pilier fondamental de l'alimentation ghanéenne, entrant dans la composition de plats de base comme le kenkey ou le banku, tout en étant une ressource vitale pour les industries de l'alimentation animale. Selon Sumaila Doho, le recours massif aux importations en provenance d'Argentine, d'Afrique du Sud ou des États-Unis fragilise l'économie nationale. En finançant des chaînes de valeur étrangères, le Ghana se prive de revenus substantiels et freine le développement de ses propres producteurs, souvent confrontés à des difficultés d'écoulement de leurs récoltes.
Vulnérabilité face aux chocs mondiaux
La crise sanitaire mondiale et le conflit russo-ukrainien ont mis en lumière la fragilité des chaînes d'approvisionnement internationales, marquées par une volatilité extrême des prix des engrais et des céréales. À cela s'ajoute l'instabilité du cedi, qui renchérit mécaniquement le coût des denrées importées. Pour l'agriculteur, cette situation démontre qu'une nation incapable de subvenir à ses besoins alimentaires fondamentaux compromet son indépendance réelle. Le Ghana dispose pourtant, selon lui, des atouts naturels et de la recherche agronomique nécessaires pour inverser cette tendance.
Des leviers pour structurer la filière
Pour stimuler la production locale, M. Doho propose une série de mesures concrètes. Il suggère notamment que la National Food Buffer Stock Company (NAFCO) garantisse un prix minimum d'achat avant chaque campagne agricole, offrant ainsi aux exploitants une sécurité financière indispensable pour investir. L'amélioration de la productivité passerait également par un accès facilité aux intrants, le développement de systèmes d'irrigation pour s'affranchir de la dépendance aux pluies, et un investissement massif dans les infrastructures de stockage et de transformation.
Renforcer les débouchés industriels
La réduction des pertes post-récoltes demeure un défi majeur que seule une modernisation des capacités de séchage et de conservation pourra relever. Parallèlement, l'établissement de liens directs entre les producteurs de maïs et les industries locales de transformation — notamment pour la production de farine, d'amidon et d'aliments pour le bétail — est identifié comme une priorité. Cette intégration verticale permettrait de créer des marchés stables et durables, garantissant ainsi la pérennité des revenus pour les familles d'agriculteurs à travers les régions productrices du pays.