Le Ghana franchit une étape décisive dans la structuration de son écosystème scientifique avec l'opérationnalisation du Fonds national de recherche. Si le cadre législatif est désormais en place, l'enjeu majeur réside désormais dans la capacité du pays à transformer ces engagements financiers en solutions concrètes face aux défis socio-économiques et environnementaux nationaux.
De la législation à l'opérationnalisation effective
Bien que la loi sur le Fonds national de recherche ait été adoptée en 2020, ce n'est qu'en juin 2025 que le conseil d'administration a été inauguré. Pour la professeure Abigail Opoku-Mensah, administratrice par intérim, cette période de latence souligne que l'existence d'un texte législatif ne garantit pas, en soi, le financement des chercheurs. Le gouvernement a injecté 50 millions de GH¢ en capital d'amorçage, complétés par une allocation de 100 millions de GH¢ annoncée par le président John Dramani Mahama lors du lancement officiel. Le Fonds travaille désormais avec le ministère des Finances pour sanctuariser le versement trimestriel de 0,5 % des revenus nationaux, tel que prévu par la loi.
Réduire la dépendance aux partenaires internationaux
Historiquement, la recherche ghanéenne a souffert d'un financement fragmenté, largement tributaire de subventions étrangères. Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des priorités des donateurs internationaux. En mobilisant des ressources domestiques, le Ghana ambitionne de se rapprocher de l'objectif de l'Union africaine, qui préconise un investissement d'au moins 1 % du PIB dans la recherche et le développement. Le secrétariat du Fonds, soutenu par des expertises britanniques et sud-africaines, cherche à bâtir des systèmes robustes pour assurer une stabilité financière durable aux institutions publiques et universitaires.
Priorités stratégiques et missions nationales
Le Fonds a déployé une stratégie quinquennale (2026-2030) articulée autour de cinq missions prioritaires : les systèmes alimentaires, l'innovation sanitaire et la biodiversité, la durabilité climatique, la transformation numérique et industrielle, ainsi que la gouvernance. Des appels à projets pilotes, menés en collaboration avec le Centre de recherches pour le développement international du Canada, ont déjà été lancés dans des domaines comme l'intelligence artificielle. Deux autres appels nationaux, axés sur les Objectifs de développement durable, sont attendus d'ici la fin de l'année 2026.
Le rôle crucial de la vulgarisation scientifique
Au-delà du financement, la réussite du Fonds dépend de l'appropriation des innovations par la population. La professeure Opoku-Mensah appelle les médias à jouer un rôle de courroie de transmission, en traduisant les avancées technologiques et scientifiques en un langage accessible. L'objectif est de s'assurer que les résultats de la recherche, qu'il s'agisse de risques climatiques ou d'innovations biomédicales, ne restent pas confinés aux cercles académiques, mais deviennent des leviers de transformation sociale et économique pour les citoyens ghanéens.