Le Ghana a frôlé l’effondrement monétaire après deux années de dépréciation record du cedi, contraintes par un plafond de 80 millions de dollars d’intervention mensuelle imposé par le FMI. Une solution radicale, fondée sur l’exploitation de l’or local, a permis de tripler les réserves nationales et de lever cette restriction début 2025.
Un carcan imposé par le FMI et ses conséquences dévastatrices
Pendant près de deux ans, le Ghana a subi une dépréciation accélérée de sa monnaie, le cedi, sous le regard impuissant des autorités. Le coupable ? Une décision du FMI dans le cadre de son programme d’aide : limiter les interventions de la Banque du Ghana sur le marché des changes à seulement 80 millions de dollars par mois. Une somme dérisoire face aux besoins mensuels du pays, estimés à plus de 240 millions de dollars pour importer carburant, médicaments et denrées essentielles.
Cette restriction a créé une pénurie artificielle de dollars, alimentant la panique et une spirale inflationniste. Les réserves de change, déjà fragiles, se sont effritées, tandis que le pays se retrouvait coupé des marchés internationaux. Une crise évitée de justesse grâce à une initiative audacieuse, portée par l’ancien vice-président Dr Mahamudu Bawumia.
L’or comme levier : deux programmes révolutionnaires
Face à l’impossibilité d’accéder aux dollars, Bawumia a proposé deux mécanismes inédits, inspirés par les ressources locales. Le premier, baptisé *Gold-for-Oil*, a permis d’échanger directement de l’or contre du pétrole, contournant ainsi le marché des changes défaillant. Résultat : les stations-service sont restées approvisionnées, évitant une crise énergétique majeure.
Le second volet, encore plus stratégique, a consisté à acheter de l’or avec des cedis pour constituer des réserves nationales. Une idée jugée « folle » par la Banque du Ghana, qui a pourtant mis près d’un an à valider le projet par crainte des risques juridiques. Pourtant, en deux ans, cette initiative a permis d’acquérir pour 5 milliards de dollars d’or, faisant passer les réserves du pays de 8,7 tonnes à plus de 31 tonnes. Un bond qui a convaincu le FMI de lever la restriction en janvier 2025.
De 80 millions à 1 milliard : la Banque du Ghana reprend le contrôle
L’impact de cette stratégie est spectaculaire. Alors que la Banque du Ghana ne pouvait injecter que 80 millions de dollars par mois dans l’économie, elle dispose désormais d’une marge de manœuvre de plus d’un milliard de dollars mensuels. Une révolution qui a stabilisé le cedi et redonné à l’État les moyens de ses ambitions économiques.
Cette réussite illustre une leçon majeure : parfois, pour sauver une économie, il faut oser s’affranchir des dogmes. Comme le souligne Bawumia, « il ne s’agit ni de magie ni de chance, mais d’or ». Une approche qui a non seulement évité un effondrement, mais aussi posé les bases d’une souveraineté monétaire retrouvée. Le Ghana, premier producteur d’or d’Afrique, a ainsi transformé une contrainte en opportunité, prouvant que les ressources locales peuvent être un rempart contre les crises externes.