Face à l'intégration croissante des remèdes ancestraux dans les protocoles de soins modernes, les autorités sanitaires ghanéennes plaident pour une codification rigoureuse des pratiques traditionnelles. Cette démarche vise à sécuriser le patrimoine culturel tout en professionnalisant un secteur clé pour l'économie et la santé publique.
Vers une standardisation des savoirs ancestraux
Le Dr Yakubu Tobor Yusuf, responsable du Conseil de la pratique de la médecine traditionnelle, souligne l'urgence de documenter les savoirs locaux. En s'inspirant des modèles indien et chinois, le Ghana souhaite transformer les pratiques empiriques en connaissances académiques et écrites. Cette codification est présentée comme le seul rempart efficace contre la perte de connaissances et le moyen de garantir la sécurité des patients, alors que les thérapies traditionnelles sont de plus en plus associées aux traitements conventionnels, notamment dans la lutte contre le cancer.
Un levier pour l'industrie pharmaceutique nationale
Au-delà de l'aspect thérapeutique, le gouvernement ghanéen voit dans la médecine traditionnelle un moteur économique majeur. Avec des investissements massifs prévus dans le secteur pharmaceutique, les praticiens sont encouragés à structurer leurs activités pour s'insérer dans cette dynamique industrielle. L'objectif est de transformer une filière déjà créatrice d'emplois en un pilier de la souveraineté sanitaire, capable de répondre aux standards de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) tout en favorisant la production locale de médicaments.
Assainir le secteur et renforcer la confiance
La crédibilité de la médecine traditionnelle demeure un enjeu central pour les autorités régionales et nationales. Le Dr Yusuf a annoncé le lancement prochain d'une campagne d'assainissement visant à écarter les praticiens non qualifiés, afin de protéger l'intégrité du secteur. Parallèlement, le Ghana Health Service poursuit ses efforts d'intégration, ayant déjà porté le nombre de structures publiques proposant des services de médecine traditionnelle de 60 à 150 établissements. Cette montée en puissance s'accompagne d'un appel à la collaboration entre chercheurs, universitaires et praticiens pour pérenniser ces soins.
L'impératif de la transmission des connaissances
Lors de la conférence sur le patrimoine de la médecine traditionnelle tenue dans la région de la Volta, les acteurs du secteur ont insisté sur la nécessité d'une transition générationnelle. Les professionnels sont incités à consigner leurs savoirs dans des ouvrages de référence, une étape jugée indispensable pour légitimer la pratique auprès des nouvelles générations et renforcer la confiance des citoyens. Le gouvernement a réaffirmé son engagement à soutenir cette transition par le biais de partenariats de recherche et d'un renforcement des ressources humaines spécialisées.