Le débat sur la relance de la raffinerie de Mohammedia, portée par le Front national pour le sauvetage de la Samir, dépasse désormais la simple question industrielle pour toucher à la souveraineté énergétique du Maroc. Selon les analyses du Front, la maîtrise nationale du raffinage permettrait de capter une valeur ajoutée substantielle, actuellement captée par les marchés internationaux, tout en offrant un levier pour stabiliser les coûts à la pompe.
L'impact économique des marges de raffinage
Au cœur de l'argumentaire du Front, représenté par Hussein Yamani, se trouve la structure des prix du gasoil. L'organisation souligne que l'écart entre le coût du pétrole brut et celui des produits raffinés peut atteindre près de 100 dollars par baril. Dans certaines configurations de marché, cette marge de transformation pourrait représenter jusqu'à 5 dirhams par litre de gasoil. Pour le syndicat, l'absence d'outil national de raffinage signifie que cette valeur ajoutée échappe totalement à l'économie marocaine, au profit d'opérateurs étrangers.
Capacités de production et dépendance aux importations
Si la remise en service de la raffinerie de Mohammedia est présentée comme une priorité, le Front reconnaît qu'elle ne suffirait pas à couvrir l'intégralité de la demande nationale. Avec une capacité de production estimée à 3,2 millions de tonnes par an, l'outil ne couvrirait qu'une partie des 6 millions de tonnes de gasoil consommées annuellement par le Royaume. Cette réalité impose, selon le Front, une réflexion plus large sur le développement de capacités de raffinage additionnelles pour sécuriser durablement l'approvisionnement du pays.
Une stratégie au-delà du prix à la pompe
Au-delà de la production de carburant, le Front insiste sur la nécessité d'une vision globale de la politique énergétique. L'idée est de sortir d'une lecture simpliste du prix final pour analyser séparément la fiscalité, les coûts d'approvisionnement et les marges des distributeurs. Hussein Yamani suggère qu'une raffinerie sous contrôle étatique permettrait de réinjecter une partie des revenus générés dans le Trésor public ou de réduire la pression financière sur les ménages et les entreprises. L'enjeu est donc de transformer le raffinage en un outil de régulation économique, tout en restant conscient de la cyclicité inhérente aux marchés pétroliers internationaux.