Le Fonds monétaire international (FMI) a rendu public un diagnostic globalement positif mais nuancé sur le système statistique sénégalais. Si l'expertise et la conformité aux normes internationales sont saluées, l'institution pointe des disparités structurelles et des lacunes dans la gestion des données de la dette publique.
Un système statistique à deux vitesses
Le rapport du FMI, fruit d'une mission d'évaluation menée en 2026, met en lumière une fracture au sein de l'appareil statistique national. D'un côté, l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) affiche des pratiques rigoureuses et professionnelles. De l'autre, les services statistiques sectoriels, notamment dans les domaines de l'agriculture, de la santé et de l'éducation, souffrent d'un manque criant de moyens humains et techniques. Cette disparité nuit à l'homogénéité des données nationales, poussant le Fonds à recommander un plan de recrutement massif et une montée en compétences technologiques pour harmoniser les méthodes de collecte sur l'ensemble du territoire.
Renforcer le mandat de coordination de l'ANSD
Pour pallier le manque de cohérence entre les différentes administrations, le FMI préconise une refonte du cadre légal. Bien que l'ANSD soit l'organe central, son pouvoir opérationnel reste limité face aux ministères sectoriels qui produisent des données parfois discordantes. L'institution suggère de renforcer le mandat de l'agence afin qu'elle puisse imposer des normes communes et des cycles de révision unifiés. La création d'un comité interinstitutionnel de haut niveau, incluant le ministère des Finances et la BCEAO, est présentée comme une solution clé pour rapprocher les comptes nationaux et corriger les incohérences avant toute publication officielle.
La gestion de la dette sous surveillance
Le volet relatif à la dette publique constitue le point de vigilance majeur du rapport. Le FMI souligne une centralisation incomplète des informations, certains emprunts et projets financés par des bailleurs extérieurs échappant au contrôle direct de la Direction de la Dette publique (DDP). En l'absence d'une loi spécifique dédiée à la gestion de la dette, le Sénégal s'appuie sur des directives régionales jugées insuffisantes pour garantir une transparence totale. Le Fonds recommande donc de centraliser la production de ces statistiques au sein d'une unité unique et d'instaurer des audits réguliers par la Cour des comptes pour sécuriser la fiabilité des données financières du pays.