Le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) semblent enfin tourner la page des irrégularités financières qui ont empoisonné leurs relations pendant deux ans. Un nouvel accord de 1 243 milliards de FCFA est en passe d’être signé, mais les questions sur les responsabilités et les réformes structurelles restent entières.
Un rôle du FMI à clarifier : entre assistance technique et défaillance
Alors que le FMI avait pointé du doigt les « irrégularités » dans les finances publiques sénégalaises, révélées par un audit, l’institution se défend désormais de toute responsabilité directe. Majdi Debbich, représentant résident du FMI au Sénégal, insiste : « Nous ne sommes pas un cabinet d’audit ». Selon lui, l’institution se base sur les données transmises par les autorités sénégalaises et procède à des recoupements, sans pouvoir garantir à lui seul l’exhaustivité des informations. Pourtant, entre 2019 et 2023, plusieurs décaissements n’auraient pas été correctement intégrés dans les statistiques officielles, créant un écart majeur entre les chiffres communiqués et la réalité de l’endettement.
Des réformes structurelles pour éviter un nouveau scandale
Pour prévenir de futures dérives, Dakar et le FMI ont acté une réorganisation majeure : la création d’une Direction générale des financements et de la dette, centralisant la gestion des engagements de l’État. Cette mesure, qualifiée d’« étape décisive » par le représentant du FMI, vise à renforcer la traçabilité et la fiabilité des données. Jusqu’ici, la gestion de la dette était dispersée entre plusieurs ministères, favorisant les erreurs et les omissions. Une réforme saluée, mais dont l’efficacité dépendra de sa mise en œuvre concrète.
Une nouvelle base de référence pour les finances publiques
Le FMI a désormais adopté une nouvelle photographie des finances publiques sénégalaises, basée sur les données corrigées. Selon Majdi Debbich, la dette publique, qui aurait atteint 132 % du PIB fin 2024, s’établirait autour de 125 % en 2025. Cette révision à la baisse, bien que rassurante, soulève une question : comment expliquer une telle volatilité dans les chiffres ? Le représentant du FMI évoque des « raisons institutionnelles » pour justifier les omissions passées, mais le doute persiste sur la capacité des autorités à garantir une transparence durable. Le nouvel accord financier, d’un montant de 1 243 milliards de FCFA, pourrait-il servir de levier pour ancrer ces réformes ?