Pour combler le déficit énergétique qui freine l'industrialisation du continent, les États africains doivent impérativement dépasser le recours exclusif aux budgets publics. Lors de la conférence Future of Energy (FEC) à Accra, des experts et décideurs ont plaidé pour des mécanismes de financement innovants et une stratégie de valorisation locale des ressources.
Mobiliser les capitaux privés pour l'énergie
Avec près de 600 millions d'Africains privés d'accès à l'électricité et une part de seulement 2 % des investissements mondiaux dans les énergies propres, le continent fait face à un défi majeur. Le ministre ghanéen des Finances, Cassiel Ato Forson, souligne que les budgets nationaux ne peuvent porter seuls le poids des infrastructures nécessaires. Il préconise le recours aux garanties, au financement mixte, aux marchés de capitaux locaux et à des partenariats public-privé robustes pour attirer des investissements de long terme.
La stabilité macroéconomique comme levier
La viabilité de ces investissements dépend étroitement de la santé économique des États. La volatilité des taux de change, l'inflation et l'endettement excessif augmentent les coûts opérationnels et dissuadent les investisseurs. En s'appuyant sur l'exemple du Ghana, qui a récemment réduit son inflation, le ministre insiste sur le fait que la stabilité macroéconomique n'est pas une fin en soi, mais un socle indispensable pour lancer une transformation industrielle durable.
Le concept de « development shoring »
Au-delà du financement, la question de la valeur ajoutée est centrale. Dr Marit Kitaw, de la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies (UNECA), a introduit le concept de « development shoring ». Cette approche propose de localiser les activités de transformation, de production de composants et de fabrication verte à proximité immédiate des ressources minérales et énergétiques. L'objectif est de rompre avec le cycle historique consistant à exporter des matières premières pour importer des produits finis, comme c'est actuellement le cas pour le cacao, la bauxite ou les minerais critiques destinés aux batteries.
Exiger des retombées locales durables
Pour réussir cette transition, les partenariats internationaux doivent évoluer. Dr Kitaw appelle à privilégier les co-investissements, le transfert de technologies et la création de centres d'excellence régionaux. Chaque accord devrait désormais répondre à une question fondamentale : quelles capacités productives et quels bénéfices de développement resteront sur le continent une fois l'extraction terminée ? Cette vision vise à transformer les richesses naturelles en écosystèmes industriels résilients et compétitifs à l'échelle mondiale.