Avec « L’Inconnue », Arthur Harari signe un film où la fluidité des genres et l’étrangeté des corps deviennent les piliers d’une œuvre aussi déstabilisante que captivante. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2026, ce long métrage, coécrit avec son frère Lucas Harari, repose sur un postulat audacieux : une étreinte sexuelle suivie d’un échange de corps entre une femme et un homme. Le réalisateur, adepte des univers oniriques à la David Lynch, laisse délibérément 50 % de l’interprétation au spectateur, transformant chaque scène en énigme à décrypter.
Un échange de corps comme métaphore des identités fluides
Le cœur du récit repose sur une scène clé : une étreinte entre deux personnages, Léa Seydoux et Niels Schneider, qui bascule dans un échange corporel inexplicable. Ce dispositif narratif, inspiré en partie par la bande dessinée Le Cas David Zimmerman (2024), interroge la rigidité des catégories de genre et la perception de soi. Harari évite toute explication simpliste, préférant une approche où chaque spectateur projette ses propres questionnements sur les images.
L’influence de David Lynch et l’héritage de Twin Peaks
Arthur Harari assume ouvertement son admiration pour l’univers de David Lynch, notamment la saison 3 de Twin Peaks, référence ultime du bizarre. « Je laisse au spectateur la possibilité de construire à presque 50 % ce qu’il voit », confie-t-il. Cette méthode, qui brouille les frontières entre réalité et illusion, s’inscrit dans une tradition cinématographique où le mystère prime sur la résolution. Le film, bien que présenté comme une fiction, joue avec des codes proches du réalisme magique, où l’absurde devient un langage à part entière.
Une œuvre qui résiste à l’interprétation univoque
Malgré les indices disséminés dans le film, « L’Inconnue » cultive une opacité volontaire. Les critiques et le public sont invités à y projeter leurs propres lectures, qu’elles soient psychologiques, sociales ou philosophiques. Cette démarche, typique des œuvres les plus ambitieuses du cinéma contemporain, en fait un objet de débat bien au-delà de sa sortie. Le film, déjà acclamé pour son audace formelle, confirme la place d’Arthur Harari comme l’un des réalisateurs français les plus en vue de sa génération.