L'usine de dessalement de Teshie-Nungua, conçue pour produire 60 000 mètres cubes d'eau potable par jour, est devenue un symbole d'échec structurel au Ghana. Alors que l'installation est aujourd'hui à l'arrêt, le pays fait face à des sentences arbitrales s'élevant à environ 235 millions de dollars, illustrant les limites d'un modèle économique mal conçu dès l'origine.
Une équation financière insoutenable
Le cœur du problème réside dans le décalage entre les coûts de production et la stratégie tarifaire imposée à la Ghana Water Company. L'opérateur public achetait l'eau dessalée à 6,75 GH¢ le mètre cube pour la revendre à un tarif social de 1,47 GH¢. Cette structure, incapable de couvrir les coûts opérationnels, a conduit à une impasse financière majeure. Pourtant, la demande pour une eau fiable existe bel et bien sur le marché local, comme en témoigne le recours massif des consommateurs aux camions-citernes privés.
Le paradoxe du marché de l'eau
Il existe une incohérence frappante entre le coût de production de l'usine et les prix pratiqués par le secteur informel. Alors que l'eau dessalée était jugée trop onéreuse à 6,75 GH¢, les entreprises et ménages en situation de pénurie déboursent entre 90 et 110 GH¢ par mètre cube pour s'approvisionner via des camions-citernes. Ce différentiel de prix, allant de 13 à 16 fois le coût de production, démontre qu'une marge commerciale significative aurait pu être exploitée si le modèle avait été orienté vers une segmentation de la clientèle.
Vers une gestion commerciale différenciée
Une alternative aurait consisté à séparer la production de la distribution. En confiant la commercialisation à des entités privées dotées d'une expertise en logistique et en recouvrement — à l'instar de grands acteurs industriels locaux — le Ghana aurait pu cibler les gros consommateurs comme les hôtels, les hôpitaux ou les complexes immobiliers. Ces segments, déjà habitués aux tarifs élevés des camions-citernes, auraient pu absorber un prix de vente intermédiaire, permettant à la Ghana Water Company de percevoir des droits de passage sur son réseau.
La distinction entre service social et offre commerciale
L'échec de Teshie souligne la nécessité de dissocier l'accès à l'eau potable comme droit social de l'offre d'eau premium. En tentant d'appliquer une tarification unique et subventionnée à une technologie coûteuse, l'État a fini par paralyser l'infrastructure. Aujourd'hui, le pays se retrouve avec une usine inutilisée, des consommateurs toujours contraints de payer le prix fort auprès des fournisseurs privés, et une lourde facture juridique à régler devant les tribunaux internationaux.