Le Black Star International Film Festival (BSIFF), qui se tiendra du 24 au 27 septembre 2026 à Kumasi, place la question des langues locales au centre de sa réflexion sur l'avenir du cinéma africain. L'enjeu est de taille : comment transformer l'identité culturelle en un levier économique puissant pour fidéliser le public continental et assurer le rayonnement international des productions locales.
La langue comme vecteur de proximité et de marché
Le constat est simple : pour qu'un cinéma soit viable, il doit être massivement consommé par son propre public. En s'appuyant sur les exemples de la Corée du Sud et de la Chine, où des œuvres produites dans la langue nationale ont conquis le monde, le BSIFF suggère un changement de paradigme. Plutôt que de formater les films pour un marché global dès l'écriture, les cinéastes sont encouragés à privilégier la langue la plus authentique pour leur récit, tout en utilisant le sous-titrage et le doublage comme outils de diffusion. Cette approche permet de réduire la distance entre l'œuvre et le spectateur, transformant ainsi l'identité culturelle en un atout commercial capable d'attirer investissements et annonceurs.
Dépasser le clivage entre authenticité et qualité
Si l'usage des langues locales, comme l'a démontré le phénomène Kumawood au Ghana, est un puissant moteur d'identification, il ne suffit pas à garantir le succès à grande échelle. Le festival souligne que la langue doit être couplée à une exigence de qualité technique et narrative irréprochable. La réussite internationale des productions asiatiques repose sur une maîtrise poussée de la réalisation, du son, de la post-production et du marketing. Pour le BSIFF, l'ambition est claire : il ne s'agit pas de renoncer à l'anglais ou aux autres langues véhiculaires, mais de donner aux récits locaux les moyens techniques de s'exporter, tout en restant fidèles à leur essence.
Favoriser une circulation intra-africaine
Au-delà de l'exportation vers l'Occident, le BSIFF appelle à une meilleure circulation des films entre les pays africains. L'infrastructure de doublage et de sous-titrage pourrait devenir le pont permettant à un spectateur à Kampala de découvrir une œuvre en twi, ou à un public à Dakar de s'approprier une histoire venue du Nigeria. En décloisonnant les marchés nationaux, le cinéma africain pourrait bâtir une audience continentale solide. Cette stratégie, qui sera au cœur des débats lors de la 11e édition du festival, vise à ancrer le cinéma africain dans ses racines tout en lui offrant les outils nécessaires pour s'ouvrir au monde avec confiance et excellence.