La 11e édition du Black Star International Film Festival (BSIFF), prévue en 2026 à Kumasi, marque un tournant stratégique en plaçant la production cinématographique ghanéenne au centre de sa programmation. L'événement ambitionne de transformer le rapport entre les créateurs locaux et leur public national, tout en posant les bases d'une industrie plus structurée et économiquement viable.
Une décentralisation vers Kumasi
Le choix de Kumasi comme ville hôte n'est pas anodin. Historiquement, l'activité cinématographique formelle au Ghana a été largement concentrée à Accra. En déplaçant le festival vers Kumasi, plaque tournante du « Kumawood » et berceau d'une narration en langues locales, les organisateurs cherchent à rapprocher le cinéma de ses publics naturels. Cette démarche vise à briser les barrières géographiques et à reconnaître le rôle prépondérant des récits ancrés dans les réalités linguistiques locales pour bâtir une culture de l'écran robuste.
Développer l'audience nationale
Face à une concurrence internationale forte, le BSIFF 2026 pose une question fondamentale : comment inciter les populations africaines à privilégier leurs propres récits ? Pour les organisateurs, le succès du cinéma africain ne doit pas uniquement se mesurer à l'aune de sa reconnaissance à l'étranger. Le festival insiste sur la nécessité de construire un marché intérieur solide, où les spectateurs locaux recherchent, consomment et rémunèrent activement les œuvres produites sur le continent. Cette approche, intitulée « Film & Global Culture: The New Wave of African Cinema », encourage les cinéastes à considérer le développement de l'audience comme un pilier aussi crucial que la production elle-même.
Au-delà de la création : marketing et distribution
La programmation 2026, qui inclut des œuvres variées telles que Legacy Africa, Ashes of Accra ou Suluku (The Human Totem), illustre la diversité des formes et des générations de cinéastes ghanéens. Toutefois, le festival souligne que la responsabilité du créateur ne s'arrête pas à la fin du tournage. La viabilité du secteur dépend d'une maîtrise accrue des enjeux de distribution, de marketing et de promotion. Le BSIFF se positionne ainsi comme un espace de rencontre entre les réalisateurs, les distributeurs et les journalistes, afin de transformer chaque film en un projet économiquement durable. L'objectif final reste de renforcer l'identité du cinéma ghanéen pour mieux l'exporter, en partant d'une base solide et confiante sur le marché domestique.