Les compagnies aériennes multiplient les obstacles pour éviter de verser les compensations dues aux passagers en cas de retard de vol. Selon les données récentes, 58 % des demandes légitimes sont désormais rejetées à tort, une tendance en hausse qui fragilise l'exercice des droits des voyageurs.
Une stratégie de blocage systématique
Le refus d'indemniser les passagers en cas de retard supérieur à trois heures est devenu une pratique courante. Les chiffres indiquent une dégradation notable : le taux de rejet abusif a progressé de six points en un an. Cette stratégie repose en grande partie sur l'absence de réponse, constatée dans 31 % des dossiers, contre 26 % l'année précédente. En ignorant les réclamations, les transporteurs misent sur le découragement des usagers, espérant qu'ils abandonneront leurs démarches malgré la solidité juridique de leur dossier.
L'usage contestable des circonstances extraordinaires
Lorsque les compagnies daignent répondre, elles invoquent fréquemment des motifs d'exonération pour justifier leur refus. La météo est l'argument le plus utilisé, représentant 25 % des rejets abusifs, suivie par les restrictions du contrôle aérien dans 11 % des cas. Dans ces situations, la charge de la preuve incombe aux opérateurs, qui doivent démontrer que ces événements ont réellement perturbé le vol. Toutefois, cette vérification s'avère complexe pour le passager, permettant aux compagnies de maintenir leur refus sans fournir de justificatifs probants.
Le bras de fer autour du règlement 261/2004
Ce conflit s'inscrit dans une opposition plus large concernant le règlement européen 261/2004. Les compagnies aériennes, qui estiment le coût annuel de ces indemnisations à 8,1 milliards d'euros, font pression depuis plusieurs années pour assouplir les règles en vigueur. Malgré un lobbying intense auprès des institutions européennes, le Parlement a jusqu'ici maintenu le cadre actuel. Les passagers restent donc éligibles à des compensations forfaitaires allant de 250 à 600 euros selon la distance du vol, un droit que les opérateurs tentent de restreindre par une gestion administrative de plus en plus restrictive.