La récente déclaration du chef de la police nigériane, Olatunji Disu, appelant les citoyens à la retenue concernant l'enregistrement vidéo des agents en service, suscite une vive opposition juridique. Cette prise de position intervient dans un contexte où la jurisprudence nationale a pourtant formellement reconnu le droit des Nigérians à documenter les activités des forces de l'ordre dans l'espace public.
Une jurisprudence contestée par la hiérarchie policière
Le 17 mars, la Cour fédérale de Warri a rendu un arrêt marquant, confirmant le droit constitutionnel des citoyens à filmer les policiers dans l'exercice de leurs fonctions. Malgré cette décision, le chef de la police, Olatunji Disu, a exprimé son mécontentement lors d'une rencontre avec le barreau nigérian. Il a qualifié cette pratique de « démoralisante » pour ses troupes, affirmant que les agents se sentent harcelés par des citoyens utilisant des caméras dissimulées, y compris dans des lieux privés ou des espaces restreints, comparant cette situation à l'interdiction de filmer au sein des tribunaux.
La réplique de la défense des droits humains
L'avocat spécialisé dans les droits humains, Inibehe Effiong, a fermement rejeté ces arguments, qualifiant la comparaison avec les tribunaux de « fausse équivalence ». Il souligne que l'interdiction de filmer dans les salles d'audience nigérianes, contrairement à des pays comme le Kenya ou l'Ouganda qui autorisent la diffusion en direct, constitue un défi pour la transparence judiciaire plutôt qu'un modèle à suivre. Pour Me Effiong, la réticence de la police à être filmée soulève des interrogations sur les pratiques réelles des agents, notamment en matière de corruption ou de brutalités.
Le cadre légal comme rempart citoyen
Me Effiong insiste sur le fait que l'enregistrement des forces de l'ordre est un outil de protection des droits fondamentaux. Il rappelle que l'Administration of Criminal Justice Act encourage déjà l'usage de la vidéo pour sécuriser les déclarations des suspects, marquant une évolution technologique du droit. L'avocat encourage les citoyens à continuer de documenter les comportements non professionnels des agents, s'appuyant sur la Constitution de 1999. Il conteste par ailleurs les affirmations du chef de la police sur l'ampleur du phénomène, qualifiant les exemples cités par ce dernier d'imaginaires et non étayés par des preuves concrètes sur les réseaux sociaux.