Le Dr Egip Bolsane, disparu en 2020, demeure une figure centrale de la médecine tchadienne pour avoir institutionnalisé la prise en charge des troubles psychiques. Son parcours illustre les défis structurels d'un secteur longtemps négligé, où il a œuvré à transformer le regard de la société sur la maladie mentale.
Un engagement pionnier au sein du système hospitalier
Formé au Sénégal, le Dr Egip Bolsane a choisi de regagner N’Djamena en 1996, répondant à une nécessité nationale dans un domaine médical alors embryonnaire. Après une période d'intégration difficile dans la fonction publique, il a pris la direction du service de santé mentale et de psychiatrie de l’Hôpital général de référence nationale. Durant vingt-cinq ans, il a exercé dans un environnement marqué par une pénurie de moyens, cherchant inlassablement à offrir des soins dignes à une population souvent marginalisée par les préjugés.
La santé mentale comme miroir des réalités sociales
Pour le Dr Bolsane, la psychiatrie ne pouvait être isolée du contexte sociopolitique tchadien, marqué par des décennies de conflits. Il considérait le patient souffrant de troubles mentaux comme le « symptôme d’un malaise social », une vision qui a guidé son approche clinique et son plaidoyer. Son travail ne s'est pas limité à la consultation : il a été un acteur clé de la santé publique, s'impliquant activement dans la lutte contre le VIH/Sida en tant que formateur en counselling et en pilotant les initiatives nationales de lutte antitabac au sein du ministère de la Santé.
La transmission du savoir et la structuration des politiques publiques
Au-delà de sa pratique clinique, le Dr Bolsane a investi le champ académique pour assurer la pérennité de sa spécialité. En tant que maître-assistant et chef du département de médecine à la faculté des sciences de la santé, il a formé une nouvelle génération de professionnels. Son influence a été déterminante dans la mise en place du programme national de santé mentale. Bien que ce secteur reste un défi majeur pour les autorités sanitaires, l'héritage du Dr Bolsane souligne la nécessité impérieuse d'intégrer la santé mentale comme un pilier essentiel des politiques publiques pour garantir l'accès aux soins et la dignité des citoyens les plus vulnérables.