Le documentaire Naza, réalisé par les journalistes d'investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, s'est hissé en tête du box-office français lors de sa sortie exceptionnelle en salles. Ce film, qui recueille les témoignages anonymes de militaires israéliens sur les opérations menées à Gaza, soulève des questions critiques sur les mécanismes de ciblage et la gestion des pertes civiles, provoquant une onde de choc tant auprès du public que des autorités israéliennes.
Un succès d'audience marqué par une forte charge émotionnelle
Avec 40 000 entrées enregistrées dès le lundi de sa sortie, le documentaire a bénéficié d'un engouement notable, affichant complet dans de nombreuses salles parisiennes. Si ce chiffre reste inférieur aux records de blockbusters récents, la mobilisation du public témoigne d'un intérêt profond pour le sujet. À la sortie des projections, les spectateurs ont fait part d'un sentiment de sidération face aux récits des intervenants, qui décrivent le quotidien des frappes comme une forme d'automatisation de la violence.
Les mécanismes de ciblage au cœur des témoignages
Le titre du film, Naza, fait référence à l'acronyme militaire israélien désignant les « dommages collatéraux » estimés avant chaque opération. À travers les récits de vingt-quatre militaires et membres des services de renseignement, le documentaire dépeint l'utilisation de systèmes de ciblage alimentés par l'intelligence artificielle. Les témoins décrivent une déshumanisation progressive des populations civiles, comparant parfois leur environnement de travail à une « usine » à tuer ou à un jeu vidéo, une réalité qui a suscité une vive émotion lors des projections.
Une réception internationale sous haute tension politique
Déjà distingué par un prix spécial du jury à la Mostra de Venise, le film est au centre d'une crise diplomatique et politique. En Israël, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a vivement condamné l'œuvre, allant jusqu'à demander des poursuites contre les militaires ayant témoigné sous couvert d'anonymat. Certains membres de l'exécutif ont également appelé à la déchéance de nationalité des deux réalisateurs, dont le travail précédent sur la colonisation en Cisjordanie avait déjà été largement remarqué. Ce climat de tension empêche actuellement les auteurs de retourner dans leur pays, illustrant la portée politique et les conséquences directes de ce témoignage filmé.